‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 234 sur 258 · LIVRE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXI

les paroles du roi. Le lendemain, quand on sut que le Béarnais refusait la paix, les prédicateurs donnèrent un libre cours à leurs invectives ; deux fois par jour ils montaient en chaire et nourrissaient de sermons un peuple affamé auquel ils promettaient le ciel en échange du pain qu'ils ne pouvaient lui donner.

Les Parisiens avaient foi aux paroles de leurs prédicateurs, quand ils les assuraient de la protection de Dieu; mais ils ne les écoutaient jamais mieux que quand ils leur promettaient la prochaine arrivée de Mayenne et du duc de Parme; ils reprenaient alors courage, luttaient vaillamment contre la famine, se nourrissaient de mets étranges. Des lansquenets allemands, après avoir fait la chasse aux chats, aux chiens , aux rats , se mirent à la faire aux enfants ; ils en mangèrent trois. Un ligueur, membre du conseil des Seize, dit à cette occasion qu'il valait mieux manger un enfant dans ces jours de famine que de reconnaître pour "roi le Béarnais, étant hérétique comme il était. Mon opinion, ajouta-t-il, est celle du curé de Saint -André- des- Arts.1

Pendant ces scènes cruelles et douloureuses, Henri IV émerveillait sa noblesse par son activité et scandalisait ses austères huguenots par son inconduite. Il calculait le moment où la famine lui ouvrirait les portes de Paris , quand il apprit que le duc de Parme avait quitté les Pays-Bas et s'était mis en marche pour venir le contraindre à en lever le siège. De tous les hommes de guerre de son temps Farnèse était le plus habile : sa manière de se battre n'avait aucun rapport avec celle du Béarnais, qui se décidait vite, exécutait vite, attendait beaucoup du hasard et plaçait la bravoure personnelle au premier rang. De là ses succès inespérés de Coutras , d'Ivry, d'Arqués; le général de Philippe II ne procédait jamais ainsi. 11 ne livrait rien au hasard, raisonnait tout, calculait tout; livrait des batailles quand il croyait l'heure venue , mais ne la devançait ja-

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