‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 237 sur 258 · Charles Labitte, ch. II, g X · texte numérisé non relu

Charles Labitte, ch. II, g X

brillant orateur, les souffrances de la famine. Il n'y avait ni viandes, ni poissons, ni laitage, ni fruits, ni légumes. Je dirais presque qu'il n'y avait ni soleil, ni ciel, ni air. J'ai vu une mère, dont l'enfant agonisait sur son sein desséché, et qui mourante elle-même, semblait mourir deux fois. Qu'on parle maintenant du siège de Béthulie, du siège de Jérusalem ; qu'on parle de Titus et de Sennacherib ! C'est un miracle ». 1

Si Farnèse eût assisté aux prédications del'évêque d'Asti, il eût probablement souri ; et tout fervent catholique qu'il était, il eût cherché le miracle dans le courage et la discipline de ses braves soldats, et aussi peut-être un peu en lui-même.

Dans l'ivresse de sa joie, Panigarole jetait à pleines mains de l'encens à ses auditeurs: «Vos souffrances, leur disait-il, ont été semblables à celles de Jésus-Christ. Vous ne manquerez ni de Gédéons, ni de Machabées; vous avez l'appui suprême du pape, qui vous accorde un jubilé spécial, et a envoyé au milieu de vous Son Excellence le légat Gaetano. Tout est pour, vous! vengez-vous donc; vengezvous de cette milice d'Elisabeth, qui a empreint ses cruautés en lettres de sang dans vos faubourgs : « Scritto con il sangue ne foborghi vostriv, vengez-vous surtout des politiques et de ce Béarnais que l'Écriture vous a représenté d'avance dans Achab : «Re di Navarra rappresentato in Acchabe». Mourez plutôt, que de céder! *

Ces paroles enflammaient les ligueurs qui, se croyant l'objet de la protection divine , croyaient à leur succès. Après avoir triomphé de la famine, le Béarnais ne leur paraissait plus un ennemi dangereux ; mais Panigarole n'était belliqueux que jusqu'à une certaine limite. Il était trop homme du monde et trop rhéteur pour avoir la sombre énergie des Vigor et des Boucher. Quand il voyait son auditoire sous le poids d'une trop grande surexcitation, il avait soin surtout, à la fin de ses discours, de jeter sur l'assemblée son Quos ego; et presque toujours il les renvoyait avec un: Allez en paix (Andale in pace).*

Les temps révolutionnaires usent vite les hommes ,

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