LIVRE XXI
quand ils n'ont pas une puissante individualité , et ne sont pas l'incarnation vivante des passions de leur époque. Comme Froment à Genève, ils paraissent sur la scène, y brillent d'un vif éclat, et tout à coup, en disparaissent; ce fut le sort de Panigarole. Il quitta Paris quelques jours après la levée du siège, et alla mourir obscurément à Asti, au milieu de ses diocésains qui, peut-être, ne se doutèrent jamais du rôle que leur évêque avait joué en France. Aujourd'hui, son nom n'est connu que de ceux qui étudient l'histoire; ceux-là lui accordent dans la ligue la place que Barrère occupe dans la Convention: tous deux, ils furent de beaux parleurs et de beaux esprits , parlant beaucoup, agissant peu, audacieux et craintifs. L'un fut l'Anacréon de la guillotine, l'autre l'apologiste de la Saint- Barthélemy. Ils échappèrent au milieu de la tourmente , et après avoir obtenu ce que les hommes de parole obtiennent toujours en France , quelques heures de succès, ils disparurent de la scène du monde, sans que le monde s'en aperçut : Barrère mourut chargé d'années ; Panigarole, dans toute la force de l'âge. Il avait à peine quarante-six ans : on crut qu'il avait été empoisonné. Bellarmin le fait mourir d'une indigestion.1
Quelques savantes manœuvres de Farnèse avaient suffi pour faire perdre au roi les fruits d'une année de périls et de travaux; tout était à recommencer: sa gentilhommerie fatiguée de tant de combats sans issue , se sentait paralysée par les combinaisons stratégiques de ce général italien qui, sans combattre, forçait la levée d'un siège. Devant ce grand joueur d'échecs, son roi dont elle admirait la vaillance et la rare intrépidité, se rapetissait, lui si grand depuis Coutras, Arques et Ivry. Henri IV ne perdit pas cependant courage ; son mépris de la vie et sa gaîté intarissable le soutinrent merveilleusement. Cet homme léger, frivole, inconstant, ne se décourageait jamais; c'est à cette heureuse disposition de son caractère qu'il dut une grande partie de sa fortune.