I/Estoile, année
4. Taillandier, Hist. de Bretagne, t. II, liv. XIX, p. 409. — Davila, liv. XII. — Amyrault, Vie de Lanoue.
Ces combats partiels qui se répétaient sur presque toute la surface de la France , la frappaient d'une plaie perpétuelle. Commerce, industrie, agriculture, tout dépérissait ou plutôt tout était anéanti. Le peuple ployait sous le double fardeau des impôts et de. la disette, trop heureux s'il n'eut eu à donner en offrande que son sang aux partis qui avaient transformé le royaume en un vaste champ de désolation : les lauriers des vainqueurs n'étaient que des tristes trophées.
La position du roi devenait de jour en jour plus critique : ses affaires n'avançaient pas , le découragement était de plus en plus parmi ses gentilshommes , et les intrigues dans ses conseils. Ses seuls huguenots lui demeuraient fidèles , malgré les velléités de conversion de leur chef; ils rougissaient de se voir associés aux anciens serviteurs de Henri III, aux d'Épernon , aux d'O, pour lesquels ils professaient un souverain mépris; ils subissaient en frémissant cette honteuse alliance, et leur conscience leur reprochait d'avoir sacrifié à leur maître les maximes de liberté qui leur étaient si chères. L'idée que Henri de Bourbon pourrait les abandonner pour se joindre à leurs implacables ennemis, leur était d'une amertume excessive, cependant ils espéraient toujours et s'efforçaient de fermer les yeux sur les intrigues au moyen desquelles le roi s'efforçait de gagner les catholiques à sa cause1. Seuls, ils eussent affronté Mayenne, Parme ; associés à des hommes intrigants, sans mœurs, sans piété, ils doutaient de l'avenir, et cependant ils demeuraient fidèles. Leur affection pour leur maître survivait à leur estime pour lui.
Parmi les politiques attachés à la fortune du roi, les uns étaient des partisans secrets de la Piéforme que le respect humain retenait dans les rangs des catholiques ; les autres, peu soucieux de la religion, mais âpres au gain, ne pensaient qu'à leurs intérêts, et ne voyaient dans la guerre qu'un piédestal pour leur grandeur personnelle ; attachés à l'autorité royale comme à la seule base du droit public en France, ils acceptaient le roi tel quel , et ne pensaient
i Sismondi, t XX! , p. 108.