‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 242 sur 258 · LIVRE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXI

pas qu'on dût lui imposer aucune condition pour monter sur le trône de ses pères; les autres enfin, et c'étaient les plus tarés, ne voulaient pas d'un roi huguenot : ils le servaient dans l'attente d'une prompte abjuration , prêts à l'abandonner quand la fortune se déclarerait contre lui.

Les plus dangereux ennemis du roi étaient dans sa propre famille : le cardinal de Vendôme , troisième fds de Louis de Condé, tué à Jarnac, avait, après la mort du vieux cardinal, son oncle1, pris le titre de cardinal de Bourbon. Ce jeune prélat n'avait aucune des qualités de son glorieux père : des passions déréglées , auxquelles il s'était livré sans frein , en avaient fait un athée après que la Sainîe- Barthélemy en eut fait un catholique. Autant ambitieux que vaniteux et dépourvu de talent, il aspirait à la couronne ; son frère aîné , l'époux infortuné de Charlotte de La Trémouille, n'avait laissé qu'un fils en bas càge, que les huguenots élevaieut dans leur religion ; son second frère , le prince de Conti , était bègue et sourd , et son plus jeune frère, le comte de Soissons, n'avait que vingt-cinq ans. Le cardinal se faisait le centre de ceux des politiques qui recherchaient avant tout leurs intérêts et qui avaient à leur tête d'O et d'Épernon. Il fondait ses espérances sur la religion du roi qui n'avait pas abjuré et qui, même abjurâtil, ne serait pas reconnu par le pape, étant hérétique et relaps. Il intriguait en secret , appuyé par sa famille qui s'irritait de se voir éloignée du trôné par l'obstination de son chef à demeurer dans la religion protestante qui lui en fermait l'accès.

Un prêtre sur lequel nous donnerons plus tard des détails, David Du Perron, était le conseiller intime du jeune prince et l'âme du parti qui le soutenait. Il entama une correspondance avec Rome, et lui fit entendre que le meilleur moyen de frapper la ligue et le protestantisme serait de porter sur le trône un membre de la famille de* Bourbons, qui fût vraiment attaché à la religion catholique : le candidat de Du Perron était naturellement le cardinal de Bourbon. L'intrigue fut découverte , le roi manda aussitôt près de lui à Chartres dont il faisait le siège, le prélat et ses principaux partisans , afin de les avoir con-

1. Le cardinal de Bourbon était mort à Fontenay le 9 mai 1590,

stamment sous ses yeux. Il eût bien voulu les punir , mais il se sentait trop faible1, de plus il était certain que quand même il abjurerait, les catholiques ne se rangeraient pas sous son obéissance, les ligueurs ayant formellement déclaré que sa conversion ne leur inspirerait aucune confiance5. Il ne vit dans ce moment autour de lui que ses fidèles huguenots, sur lesquels il pût s'appuyer. Le cœur saigne de douleur au souvenir dè ces hommes qui se sacrifient pour le maître, qui leur demande leur vie au moment même où son esprit calculateur cherche à deviner l'heure propice pour les abandonner.

Henri IV vira de bord et ne parla plus ni de conversion, ni de concile, s'appuya plus que jamais sur ses anciens compagnons de combats et songea à se refaire une armée. Il envoya Turenne demander des secours à Elisabeth , aux Provinces-Unies et aux princes protestants d'Allemagne. Le jeune négociateur réussit au delà de toutes les espérances du roi, qui fut bientôt à la tête d'une belle armée*. La récompense de Turenne fut la main de Charlotte de la Mark, la riche héritière des duchés de Sédan et de Bouillon. Il devint duc de Bouillon et possesseur des places fortes de la frontière de la Lorraine et de l'Allemagne.4

Jusqu'à ce moment, Henri de Bourbon, comme roi de France, n'avait rien fait pour les protestants qui étaient toujours sous le coup des édits de Henri III ; ils ne comprenaient pas que leur maître ne les eût pas encore abrogés. Son premier devoir selon eux, eût été de les faire jouir de toutes les libertés pour la conquête desquelles ils combattaient depuis si longtemps; mais le roi , tout en reconnaissant la justice de leurs demandes, promettait toujours et ne faisait rien , ayant l'œil plutôt sur ses intérêts du moment , que ses oreilles attentives à leurs justes

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