‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 243 sur 258 · LIVRE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXI

plaintes. Cependant , quand il sentit qu'il ne pouvait rien que par eux , et craignant de plus de déplaire aux puissances protestantes qui lui venaient si généreusement en aide , il rétablit , sans le stipuler formellement , redit de Bergerac (17 septembre 1577), avec les modifications que le traité de Fleix (26 novembre 1580) y avait apportées \ Mornay eût voulu quelque chose de plus net et de plus précis; le roi refusa5. Il craignait de mécontenter les catholiques.

Le nouvel édit de tolérance ne satisfit ni les catholiques ni les protestants. Selon les uns il accordait trop; selon les autres pas assez. Pour calmer les premiers, il déclara que rien ne serait innové, quant à la religion catholique, apostolique et romaine, laquelle il maintiendrait «en toutes ses autorités, franchises et libertés.3

Mayenne n'était pas moins embarrassé que le roi ; les intrigues fomentées par des intérêts personnels , se multipliaient autour de lui. Philippe II enfin voulait faire abolir la loi salique et porter sur le trône sa fille, l'infante Clara-Eugénie; il était maître à Paris par une garnison de quatre mille hommes, ses doublons, les Seize et les prédicateurs; ces derniers devenus de véritables furies avaient inauguré une nouvelle langue que les démons leur eussent enviée. «Il est temps, disait maître Boucher, de mettre la main à la serpe et au couteau; jamais la nécessité n'en a été plus grande. Quant à moi, criait-il de toute la force de ses poumons, en écumant de rage et en montrant ses mains, je voudrais avoir tué et étranglé de ces deux mains ce chien de Béarnais; ce serait le sacrifice leplus agréable que je pourrais faire à Dieu.» «Une saignée âf Saint-Barthélemy, disait Rose, est nécessaire, il faut couper la maladie par la gorge.» «La mort des politiques, Insinuait à son tour le jésuite Commolet, sera la vie des catholiques.» Pelletier, curé de Saint-Germain, ne voulait

î. Sismondi, t. XXI, p. 117.

t. Duplessis-Mornay , t IV, p. 492.

S. Davila, Hv. XII.

plus que Mayenne donnât des billets aux politiques pour sortir de la capitale; attachons-les leur au cou, s'écriait-il, et envoyons-les à Rouen par eau pour porter des nouvelles.» Carrier n'est pas Tinventeur des noyades.1

Les soldats espagnols étaient pour le peuple des anges gardiens , il leur faisait fête , les. hébergeait , les couvrait de fleurs ; jamais la ville ne fut moins disposée à entrer dans la voie des transactions. Tout était de nature à entretenir dans Paris l'agitation; l'évasion récente du jeune duc de Guise regardée comme un miracle, y contribuait beaucoup. La vue de ce jeune homme qui rappelait aux ligueurs, son père tombé sous le poignard de Henri III et son aïeul tombé devant Orléans sous le coup de feu de Poltrot , causait une ivresse générale. Aux yeux des masses, c'était un nouveau Joas que Dieu donnait à son peuple. Le duc de Mayenne, son oncle, voyait avec peine cette ovation faite à un enfant; à ses yeux c'était une ingratitude: Mayenne était jaloux.*

Le duc de Féria, esprit profond et pénétrant, voyant que la faiblesse du conseil général de l'union provenait du trop grand nombre de ses membres, résolut de faire tomber le pouvoir dans les mains d'un petit nombre de personnes du peuple. C'était déroger aux vieilles habitudes; mais cela était commandé par la situation, car plus les chefs du peuple étaient haut placés par leurs noms ou leur position sociale, moins ils étaient accessibles à la séduction ; il fallait donc les garantir de l'atteinte des royalistes et élever entre le Béarnais et les vrais catholiques une barrière infranchissable. L'habile négociateur, tout en ne paraissant s'intéresser qu'à la foi catholique , avait sans cesse l'œil ouvert sur les intérêts de son maître, auquel il voulait livrer la France. Un grand pas dans cette voie avait déjà été fait le 16 septembre 1591. Le prévôt des marchands et les échevins s'étaient directement adressés à Philippe II : «C'est

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