‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 244 sur 258 · LIVRE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXI

vous , Sire, lui écrivaient-ils, qui êtes l'Hercule chrétien qui chassera l'hérésie de notre royaume. Quiconque ajoutaient-ils , ne reconnaîtra pas tout ce que vous avez fait pour la France, nous le tenons pour ennemi de Dieu, de la religion , du repos et de la paix publique de cet État, voire toute la chrétienté. » 1

Les ligueurs se donnaient, à Philippe II en haine du Béarnais qu'ils appelaient un «bouc puant»; mais pour arriver à leurs fins, il fallait se débarrasser de certains hommes suspects que le bruit public disait vendus au roi de Navarre. Un conseil se tint : il eut lieu le 5 novembre 1591, rue de la Vieille-Monnaie, sous la présidence de Launoy, en la maison du sieur Boursier. La grande question du jour était de savoir comment on se défairait des parlementaires. Comme il s'agissait de moyens violents à prendre, et que nul ne voulait parler le premier * d'une manière nette et précise, le curé de Saint-Jacques, ennuyé de voir qu'on parlait sans rien dire, dit: «Messieurs , c'est assez connivé ; il ne faut jamais espérer ni justice, ni raison de la cour du parlement; c'est trop enduré , il faut jouer du couteau. »

C'était poser la question et la résoudre.

La lame du couteau de ce prêtre parut si luisante qu'un grand silence se fit.

Un bourgeois du nom de Gourlin se leva de sa place et alla parler à l'oreille du curé, ce qui parut très-inconvenant à quelques-uns des assistants. Gourlin retourna à sa place. Le curé reprit la parole et dit : «Messieurs, je suis averti qu'il y a ici des traîtres en cette compagnie, il faut les chasser et les jeter à la rivière. »

Ces paroles scandalisèrent une partie de l'assemblée qui se sépara dans une grande agitation. Le samedi, 8 du même mois, rassemblée se réunit de nouveau sous la présidence du sieur de Launoy. Deux questions étaient à l'ordre du jour : l'élection de dix bourgeois sûrs et dévoués pour faire partie du conseil secret, et le renouvellement du serinent de l'union. Il fut décidé que le mercredi suivant, l'élection des dix se ferait par la voie du sort, ce qui eut lieu; les élus furent les sieurs Saint-Yon, Achari,

!. Archives de Simancas, cot. (3, 71-126.

Le Goys, Hameline, Louehard, Thivaut, Borderet, Rosny, Durodeau, Revissant et Besançon.

Le règne de la terreur était organisé. Tous ceux qui ne tenaient pas le curé de Saint-Jacques pour un saint homme de Dieu et Philippe II pour l'ange gardien de la France, furent livrés à un pouvoir sans merci et sans contrôle. Le premier acte du conseil des Dix fut de prononcer la peine de mort, pure et simple contre quiconque parlerait de traiter avec le roi de Navarre , c'était dire aux politiques de se taire ; son second signe de vie fut de mettre la main sur les meubles des récalcitrants. On commença par ceux du président De Harlay. Jacques Poisse, huissier, lui saisit son riche mobilier.

Une fois lancé dans la voie des spoliations, le conseil des Dix ne s'arrêta pas ; le parlement avait eu le courage d'acquitter le procureur Brigard, accusé de connivence avec le Béarnais. Le conseil demanda à Mayenne la punition du condamné; celui-ci promit; comme il ne se hâtait pas, le curé de Saint-Jacques dit : «Bons bourgeois, c'est assez connivé , il ne faut pas espérer jamais d'avoir raison de la cour du parlement en justice; c'est trop endurer, il faut jouer des cordes à cette heure. Dans ce parlement il y a des traîtres, il faut les chasser et jeter dans la rivière. »

Le curé était brutalement logique ; quand une fois on est jeté en dehors des voies légales, il faut en subir les conséquences. Bussy-Leclerc le comprit: réuni aux Dix, il prononça avec eux la peine de mort contre le président Brisson et deux autres conseillers.

Juge, huissier et bourreau, l'ex-maître d'armes envahit la maison du président, le saisit et le conduisit au Châtelet. Après quelques heures de douloureuse attente, on lui signifia le jugement qui le condamnait à être pendu «comme hérétique, ennemi et traître de la ville.» Immédiatement après on le pendit à une poutre d'une chambre basse du palais avec ses deux collègues du parlement, Claude Larcher et Jean Tardif: le peuple battit des mains.*

1 . Manuscrit de Mesmes , intitulé Manuscrit du règne de Henri III, t. III, n° 8777, fol. 29.

2. Journal de l'un des seize quarteniers. — Capefigue, t. VI, b. C5-78.

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