De Thou, t. VU, p. 22 et suiv
Le traité avec la Rochelle, Nîmes et Montauban n'avait rien consolidé; moins que jamais la paix était dans le royaume ; des députés de toutes les Églises se réunirent le 24 août 1573 à Montauban pour y prendre connaissance du traité. Par une tactique facile à comprendre et bien significative , les commissaires des huguenots s'assemblèrent le jour même de l'anniversaire de la Saint-Barthélemy. On comprend tout ce que ce jour dut rappeler de sanglants et lugubres souvenirs et exciter de violentes colères. A l'unanimité les députés déchirèrent le traité de la Rochelle , déclarant qu'ils voulaient la liberté de conscience et de culte, non pas pour telle ou telle ville, mais pour tout le parti protestant sans exception, et mettant en pratique ce qui avait été formulé dans le fameux synode de feéarn, ils constituèrent le parti réformé en fédération républicaine. La haute Guyenne et le Languedoc formèrent deux grandes généralités, avec Montauban et Nîmes pour chef-lieu; chaque grand gouvernement devait avoir des diocèses avec leurs gouvernements particuliers. On décida qu'on saisirait les revenus de tous les bénéfices ecclésiastiques, que chaque ville, bourg et village serait soumis à une contribution particulière , et que les catholiques qui la payeraient ne seraient pas vexés. Pour appuyer leurs demandes, ils n'eurent qu'à frapper du pied la terre, et une armée prête à combattre en sortit, commandée par Saint- Germain, ancien archevêque d'Aix, qui avait renoncé à tous les bénéfices de sa charge pour se faire huguenot , et par le vicomte Paulin.1
Toutes ces choses se passaient pendant que la cour ne rêvait que fêtes et croyait à l'anéantissement des huguenots. Aussi la surprise de Charles IX fut grande quand à Villers-Cotterets, au moment où il accompagnait son frère, le roi de Pologne, les députés des deux assemblées de Montauban et de Nîmes demandèrent à lui être présentés. «Sire, lui dirent-ils avec respect, mais avec une grande fermeté, pour avoir une paix armée, assurée contre les