LIVRE XIV
artifices de vos méchants conseillers, vous devez paver lus garnisons entretenues par les réformés dans les villes qu'ils occupent; outre ces villes, Sire, donnez-en d'autres aux protestants; dans chaque province accordez -leur le libre exercice de leur culte, et alin que justice leur soit rendue, établissez de nouveaux parlements composés de réformés ; déchargez nos frères du paiement des dîmes ; punissez comme des brigands et des perturbateurs du repos public les acteurs et les conseillers des massacres; faites casser les arrêts rendus contre feu l'amiral et les autres victimes pour fausse calomnie, faites révoquer la prétendue conspiration dont on charge leur mémoire, et déclarez que depuis le -24 août 157*2 les réformés ont pris justement les armes. 3>
En entendant ces tières paroles, le roi fut stupéfait : sa mère lui avait si souvent assuré qu'il avait exterminé l'hérésie, et maintenant plus que jamais elle relevait la tète ! En assassinant l'élite de la noblesse protestante, non-seulement on n'avait pas atfaibli le parti, mais encore on lui avait donné de nouvelles forces. Quand il élevait la voix avec Coligny et Condé, il n'avait jamais eu une parole plus ferme et plus lière.
La reine mère était atterrée : plus clairvoyante que son fils, elle reconnaissait, mais trop tard, que le crime de h Saint-Barthélémy avait été un crime inutile; sa fierté cependant se révolta: «Si Condé, s'écria-t-elle, était encore en vie et qu'il fût au cœur de la France avec cinquante mille hommes de pied et vingt mille chevaux, il ne demanderait pas la moitié de ce que ceux-ci ont l'insolence de prétendre. » Catherine oubliait que ces insolents appartenaient à cette classe bourgeoise sur laquelle les mœurs de sa cour n'avaient pas déteint et sur lesquels elle ne pouvait lancer, comme sur Condé et la noblesse protestante, son escadron de tilles. Ils parlaient haut , parce qu'ils étaient des chanteurs de psaumes et que leur mépris pour sa cour n'avait d'égal que leur haine. Catherine se contint cependant et renvoya ces audacieux mandataires au maréchal de Damville pour s'entendre avec lui sur un édit de pacification. Tout cela se passait un an après que le malheureux Charles IX eut crié : «Tuez les tous, afin qu'il n'en reste pas un seul pour me le reprocher,» et voilà que des mi!-
liers de voix menaçantes et pleines de mépris venaient lui demander justice et vengeance ! » *
Ce n'était pas seulement en Guyenne et en Languedoc que le protestantisme relevait la tête , c'était partout ; il le faisait avec une énergie d'autant plus grande , que le parti qui avait dicté la paix de Saint - Germain , s'interposait entre les massacreurs et leurs adversaires. Ce parti , qui avait à sa tête les Montmorency , les Cossé , les Brissac , se grossissait chaque jour de tous les nobles catholiques, qui commençaient à comprendre que Catherine voulait asseoir la royauté sur les débris de la noblesse. Il forma le projet de délivrer la France du pouvoir de la reine. Comme la religion ne jouait aucun rôle dans cette affaire , ils virent dans l'attitude menaçante des protestants le moyen de mener à bonne fin leur entreprise ; des avances furent faites et acceptées , et dans une assemblée célèbre , tenue à Milhau par les huguenots, ces derniers s'abouchèrent avec les politiques, qui y étaient représentés par des députés. *
La Réforme, il ne faut pas l'oublier, était devenue, par le malheur des temps, un parti politique. C'est de ces temps orageux que datent ces idées d'indépendance nationale, dans lesquelles les antiques fondements de la royauté étaient discutés avec une hardiesse de langage et une science remarquables. Ce qu'on n'aurait pas pensé, sans doute, sous un Louis XII, on le disait tout haut sous un gouvernement faible et cruel. De nombreux pamphlet circulaient partout et donnaient l'éveil aux idées politiques. En les lisant, les Français se sentaient moins respectueux pour le pouvoir royal ; mais c'était la faute de ce pouvoir qui avait perdu le respect de soi-même. Le discours : De la servitude volontaire, d'Etienne de la Boëtie, causa une profonde sensation. Jamais ouvrage posthume n'eut un plus grand retentissement que celui de l'ami du