‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 253 sur 258 · Bipcnni · texte numérisé non relu

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i. Cette troupe était conduite par Sluder.

NOTES

Ne semble-t-il pas qu'un zèle aussi dévorant avait pour mission prochaine de persécuter d'office ceux que l'Église désignait à ses fureurs ? Joachim Opser eut de meilleures destinées. De retour à Saint-Gall, il y parvint bientôt aux plus éminentes charges. D'abord doyen du Chapitre, il fut, en janvier 1577, à l'âge de 29 ans, élu prince-abbé. La ville et le Toggenbourg s'attendaient à des vexations continuelles de la part du nouveau seigneur, mais ils se I trompaient. L'apologiste de la Saint-Barthélemy fut un sage sous la mitre. Joachim s'étudia et réussit pendant les 17 années de son règue à vivre en bonne intelligence avec ceux de ses sujets qui repoussaient la juridiction ecclésiastique de l'Abbaye; il s'opposa aux abus du service étranger et sut en mainte circonstance résister aux empiétements de la cour de Rome, tout en opérant dans son clergé une réformation qui rappelait l'influence de Borromée et de François de Sales.

Sa mort fut digne. La peste ravageait Saint-Gall et les environs, et tandis que chacun fuyait, le prince-abbé voulut rester à son poste; il expira en chaire le jour même de la Saint-Barthélemy 1 594, victime du mal qu'il avait héroïquement bravé. Catholiques et réformés s'inclinèrent devant sa tombe. Aujourd'hui encore les Saint-Gallois citent sa tolérance à leurs hommes d'Église; ils la proposent à leurs hommes d'État comme modèle à suivre dans l'art difficile de ménager la paix des confessions.

C'est bien choisir son héros, car ce que l'on aime surtout ici, c'est la paix, c'est la tolérance réciproque, plus que la liberté qui donne carrière aux convictions ardentes et aggressives. On consent volontiers à laisser, comme disait Mazarin, le petit troupeau manger de mauvaise herbe, mais qu'il ne vienne point, par une polémique importune, troubler les positions commodes que sanctionne l'autorité des siècles; dès qu'il touche à cette arche du privilège, chacun le traite en intrus et s'accorde pour le combattre, parce que l'ignorance et la tiédeur souffrent également de sa puissance et de son action. Le catholicisme menace et poursuit devant les tribunaux ceux qui l'accusent de complicité dans la mort de Jean Huss.

Avec une apparence plus libérale ,ie radicalisme, qui proclame l'égalité, exige pourtant que les consciences s'abaissent sous un niveau commun (Esa. XXXIV, 7- il), et ne peut se résoudre à mettre fin au scandale des baptêmes forcés. Ainsi le glaive reste en honneur dans les deux camps. Il faudrait, une bonne fois, remonter jusqu'à la cause du désordre, et dans cette œuvre suprême et délicate la bienveillance d'un prince-abbé du XVIe siècle doit être appréciée, mais elle ne suffit point dans le XIXe à guider nos pas. Si, comme nous le croyons, le mal provient de la compression, c'est à la liberté qu'il appartient d'établir des rapports moins défectueux Espérons aye nos hommes d'État essaieront

NOTES

tôt ou tard d'un remède que la raison indique aussi naturellement que la foi, car ce n'est pas, à notre avis, une faible preuve de la divinité du christianisme que cette persistance à maintenir d'une part sa spiritualité contre le matérialisme de Rome , et de l'autre à faire prévaloir les droits de la conscience contre un régime qui méconnaît l'infinie diversité des âmes et leur responsabilité devant Dieu.

{Extrait du Chrétien évangélique, Journal suisse publié à Lausanne; année 1859. — Cette pièce curieuse aura probablement sa place dans le Bulletin de l'histoire du protestantisme français.)

Note vn, page 96.

Ce jour vinrent nouvelles à Paris, comme le capitaine de Luines, (maistre de camp du maréchal de Damville) et ès-mains et garde duquel le dit maréchal avait (dès l'an 1575) mis la ville de Pont- L'Esprit, en Dauphin é (pour la garder à la dévotion de lui et des huguenots et catholiques leurs associés); l'avait rendue et remise en l'obéissance du roy (et mis dehors ceux du parti contraire), ayant failli à se saisir de la personne du seigneur de Thoré , lors y estant, lequel se sauva de vitesse.

Sur cette prise du Saint-Esprit par les catholiques et de la Charité par les huguenots (qui estaient aussi peu touchés du Saint-Esprit que les autres de la charité ) furent faits et divulgués les vers suivants :

Pour mieux recommencer une fureur tragique Le soldat huguenot a pris la Charité , Vers nous peu charitable, et le fin catholique Dedans Je Saint-Esprit brusquement s'est jeté. Que prîrons nou^ à Dieu pour vivre en sûreté, Que puisse au huguenot le Saint-Esprit se rendre, Et que la Charité au Roy se fasse prendre. (Registre- Journal de Henri III, par l'Estoile, année 1576.)

Note vin, page 131.

Noces do duc de Joyeuse.

Le mardi, dixième jour d'octobre, le cardinal de Bourbon fit son festin des nopces du duc de Joyeuse, en l'hostel de son abbaye de Saint-Germain-des-Prés , etfist faire, à grands frais, sur la rivière l de Seine , un grand et superbe appareil d'un grand baq accomodé en forme de char triomphant , auquel le Roi, Princes et Princesses, et les mariés devaient passer du Louvre au Pré-aux-Clercs en? pompe moult solemnelle , car ce baq ou char triomphant devait estre tiré par dessus l'eau par austres bateaux déguisés en che-

NOTES

vaux marins, tritons, baleines, sirènes, saumons, dauphins, tortues et austres monstres marins jusqu'au nombre de vingt-quatre, en aucuns desquels estaient portés à couvert, au ventre desdits monstres, les trompètes, clairons, violons, hautbois, cornets et autres musiciens d'excellence, mesme quelques tireurs de feux artificiels qui pendant le trajet devaient donner maints passetemps et plaisirs tant au Roi qu'à sa compagnie qu'à cinquante mil personnes du peuple de Paris, de tout genre, sexe et âge et répandues sur les deux rivages en grande expectation de voir quelque beau et rare dessein. Mais le mistere ne fut pas bien joué , et ne peust on faire marcher les animaux, ainsi qu'on avait projeté , de façon que le Roi ayant aux Tuileries attendu depuis quatre heures du soir jusqu'à sept, le mouvement de ces animaux aquatiques, sans en apercevoir aucun effet, despité et marri, dit qu'il voyait bien que c'estaient des bestes qui commandaient à d'autres bestes et estant monté en coche avec les Reines et tout le train de sa cour, alla au festin qui fut jugé le plus pompeux et plus magnifique de tous, nomément en ce que ledit seigneur cardinal fit représenter un jardin artificiel garni de fleurs et de fruits comme si c'eust esté en may ou en juillet et aoust.

(Registre du journal de Henri 111, par l'Estoile, p. 139 et 140, édit. Pan th. littéraire.)

lies indignités de la cour.

C'est assez chanté de l'amour, Il faut une nouvelle corde, Qu'un ton plus tonnant nous accorde Les indignités de la cour :

Car chantant un accord semblable On n'est pas toujours agréable A toutes espèces d'humeur ; L'abeille le doux miel compose Du thym, du lys et de la rose Et non toujours des mêmes fleurs.

Ainsi qu'au printemps bien souvent Une saison mal tempérée, Pour nostre mal heur fait et crée Par un trop chaud humide vent, La chenille et la sauterelle Ennemis de l'herbe nouvelle Des boutons jadis fleurs naissant, Oui betes du tout inutiles, Rongeant l'espoir des champs fertiles, Donnent la cherté aux paysans.

NOTES

Tout ainsi les trop libres lois

De la serve et esclave France

Ont permis de prendre accroissance

Autour de nos princes et roys

ÇEt c'est pour vengeance divine) ,

Ah je ne sais quelle vermine

De mignons venus en trois nuits ,

Qui comme les chenilles paissent

Nos fleurs si tôt comme elles naissent^

Et mangent en herbe nos fruits.

Noctre roy doit cent millions , Et faut pour acquitter les dettes Que Messieups les mignons ont faite»

Rechercher les inventions Du nouveau tyran de Florence, Et les pratiquer en la France.

Avant que l'argent en soit prest Monsieur le mignon le consomme, Et fait on party de la somme cent pour cent pour l'intérest.

Et ce pendant que les liens De ces tyranniques gabelles , Et les faix des taxes nouvelles Qu'inventent les Italiens Cruellement tuent et accablent le peuple français misérable- Ces beaux mignons prodiguement Se vautrent parmi leurs délices Ei peut estre dedans les vices Qu'on ne peut dire honnêtement.

Leur parler et leur vêtement

Se voit tel qu'une honnête femmt

Aurait peur de recevoir blâme

S'habillant si lascivement.

Leur col ne se tourne à leur aise

Dans le long repli de leur fraise;

Déjà le froment n'est pas bon

Pour l'empoix blanc de leurs chemise*;

11 faut pour façon plus exquise

Taire de riz leur amidon.

KOTES.

Leur poil est tondu par compas, Mais non d'une façon pareille; Car en avant depuis l'oreille Il est long et derrière bas.

Il se tient droit par artifice, Car une gomme le hérisse Ou retord ses plus refrisés.

Et dessus leur tête légère, Un petit bonnet par derrière, Les montre encor plus déguisés.

Je n'ose dire que le fard

leur soit plus commun qu'à la femme,

J'aurais peur de leur donner blâme

Qu'entre ils pratiquassent l'art

De l'impudique Ganimède;

Quant à leur habit il excède

Leur bien et un plus grand encor;

Car le mignon qui tout consomme

Ke se vet plus en gentilhomme

Mais (comme un prince) de drap d'or*

Pensez-vous que ces vieux Français Qui parleurs armes valeureuses, En temps de guerres dangereuses Ont fait retentir autrefois Le bruit espandu de leur gloire, Au bruit de leur grande victoire ?

De ça, de là, de toutes parts, Eussent leur chemise empesée?

Eussent la perruque frisée ?

Eussent le teint blanchi de fard!

Hector ainsi ne s'attendait , Ainsi ne s'attendait Achille, L'vn qui preux défendait sa villa, Et l'autre qui la combattait.

Mais aussi le mol Alexandre, Qui ne se savait pas défendre S'accoutrait d'un atour mignard b Et fuyait au bruit des armes Et au grand conflit des alarmes Se cachait poltron et couard.

NOTES

Et toutefois ce mol troupeau, Ces faces ganymédiennes, Ces âmes épicuriennes, Qui ne sont qu'un pesant fardeau Et faix inutile à la France, Consomment toute la substance De l'Église et du Noble aussi ; Et le tiers-état misérable Gémit sous le faix importable De ces prodigues sans souci.

Les premiers et plus grands honneuri De vous, anciens capitaines, Pour la couronne de vos peines Sont pour ces délicats seigneurs, Qui pour le guerdon de leurs viCQS Sont jouissants en leurs délices De l'honneur par vous mérité.

Que vous sert d'aller à la guerre, Puisqu'on peut tels degrés acquerra Par une molle oisiveté.

tes grands biens à Dieu destinés Et consacrés à son service , Sont pour nouriciers de leur vice Baillés à ces efféminés ; Qui troquent , échangent et vendent Les bénéfices et despendent Les biens voués au crucifix, Que leur baille en mariage

En guerdon de

Ou pour chose de plus vil prix.

Et pour pouvoir mieux contenter Leur pompe, leur jeu, leur bombance Et leur trop prodigue dépense, Il faut tous les jours inventer Nouveaux impôts, nouvelles failles, Qu'il faut du profond des entrailles Des pauvres sujets arracher, Qui traînent leurs chétives vies Sous les griffes de ces harpies.

Qui avalent tout sans mâcher.

NOTES. 375

Ouvrez les yeux, peuple français, Voyez votre état misérable , , Vous de qui le nom redoutable

Faisait peur aux plus puissants rois Et aux nations les plus braves.

Oyez misérables esclaves, Sous tel joug cois vous tenez, Et laissez mauger la substance De tous les états de la France A ces mois et effeminez.

(Extrait d'un livre intitulé : Le Cabinet de Henri III.)

Note ix, page 141.

Monsieur le duc d'Anjou et la reine contracteront mariage en Angleterre par parole de présent dans six semaines après la ratification des articles. Monsieur et ses gens auront l'exercice de leur religion dans leurs maisons et quelque part que Monsieur aille, il lui sera assigné un lieu pour cela ; mais il n'y admettra point les Anglais ni les Hibernois1. Ne pourra rien innover dans la religion reçue en Angleterre, jouira de l'honneur et titre de roi après la consommation, laissant néanmoins l'entière conduite des affaires à la reine. Les lettres royaux et expéditions se feront au nom de tous deux. Il assignera à la reine quarante mille écus de douaire sur le duché de Berry avec la permission du roi. Réciproquement la reine lui obtiendra du parlement une pension annuelle la plus grande qu'elle pourra, dont il disposera à sa volonté, même au cas qu'il la survécût. Quant aux enfants, tant fils que filles, ils succéderont à l'hérédité maternelle selon les lois d'Angleterre. S'il y a des mâles, l'aîné succédera au royaume de France (s'entend si Monsieur y parvient) et le puiné à celui d'Angleterre. S'il n'y eu a qu'un qui parvienne aux deux couronnes, il demeurera en Angleterre de deux ans huit mois. Si Monsieur survit à la reine, il aura la tutelle de ses enfants, des mâles jusqu'à l'âge de dix-huit ans accomplis, des filles jusqu'à quinze ans. Mais s'il meurt avant qu'ils aient atteint cet âge, la tutelle en demeurera au parlement. 11 ne changera rien aux droits ni coutumes d'Angleterre, et n'emmènera point la reine hors de Tisle sans son consentement d'elle et des lords. Ne transportera pas les trésors du pays. Ne commettra la garde des places qu'à des Anglais naturels. N'engagera point le royaume à des guerres étrangères. Si la reine meurt sans enfants, il ne s'y attribuera aucun pouvoir. Le présent contrat sera lu et enregistré en toutes les cours de France et d'Angleterre. Sera ratifié par le roi de France , et y aura à part un traité de ligue et de confédération entre les deux couronnes. U y fut ajouté cette ré-

i. Écossais.

NOTES

serve: « Que la reine ne serait point obligée de consommer le mariage qu'auparavant le duc et elle ne se fussent réciproquement éclaircis et satisfaits sur de certaines choses, et qu'ils n'eussent donné avis de tout au roi, pourquoi ils. prenaient six semaines de temps.»

Extrait des conventions du projet de mariage entre Élisabeth, reine d'Angleterre, et Monsieur le duc d'Anjou, frère de Henri ni.

(Mézerai, Abrégé chronologique, t II, p. 29, 30 ; édit. d'Alais, 1845.)

Note x, page 285.

'Bibliothèque de Madame de Montpensier mise en lumière par I'advis de Cornac, avec le consentement du sieur de Beaulieu, «on escuyer.

Le pot pourri des affaires de France, traduit de l'italien en fran* çais par la reine-mère.

L'oisonnerie générale, en trois volumes par le cardinal de Bourbon, illustrée et mise en lumière par Cornac et Leclerc, son

médecin.

Cent quatrains de la vanité, par le duc de Joyeuse; traduit de nouveau par le sieur de Lavardin (les deux plus vains de la cour).

Le Miroir de bonne grâce, par MM. les cardinaux Vaudémont et Joyeuse (laids en perfections et de mauvaise grâce).

La grande légende du duc de Guise à Jametz , avec la prise de Sedan par ledit sieur, imprimeur à Rhcims.

La patience des princes du sang contre l'insolence des ligueurs, par M. le cardinal de Vendôme son maître.

Le moyen de besogner à clochepiedà tous venants, par Mad. de Montpensier (elle était boiteuse).

Les lamentations de Saint Lazare, par M. de Rostain (ladre).

Recette excellente pour guérir de la punaise, envoyée de Caliens à Madame de la Rochepot, illustrée et commentée par le président de Forget. Aussi punaise à ce qu'on dit, l'une que l'autre.

L'art de ne pas croire en Dieu, par M. de Bourges (Renaud de Baume, évêque de Bourges).

Le trébuchet des filles de la cour, par la dame de Saint-Martin.

Avant-propos de l'Espérance de trois beaux livres contre Duplcssis-Mornay par Du Perron avec la forclosion de la dite Espérance (parce que ledit Du Perron est encore à répondre au traité de l'église Du Plessis, comme il s'était vanté).

La chronique des Capucins en vers héroïques, par Marnay, dédiée au comte du Bouchage (frère Ange de Joyeuse.)

Le volume d'ignorance du docteur Claude Marcel, intendant des finances.

ROTES

Remontrance charitable aux dames et damoiselles de Paris qui ont épousé des maris sots; imprimé près îa basse du Beq, chez le président d'Asso, à l'enseigne de la grosse beste.

La Yie de Sainte Nitouche, par Me Martin Convaz, et augmentée par M. Aubry, curé de Saint-André-des-Arts à Paris, à l'enseigne des catholiques anglais.

Le chapitre de la ligue, à Madame de Grande-Rue.

Secrets nouveaux pour tirer argent du peuple Jïans qu'il s'en sente, par Lamel, dédiée au roi, et imprimés de nouveau à Paris, à l'enseigne de la Roue.

Traité singulier de l'altération des cerveaux, les causes d'icelle et d'où elle procède. Dédiée à M. Rose, évêque de Senlis (il était lunatique).

Les politiques de notre maître Boucher, curé de Saint -Benoit à Paris; commentées par frère Bernard, feuillant, et se vendait en la rue des Oisons, audit Paris.

La confrérie des Marmitons de la ligue, par JiOtre maître Ha-

milton, curé de Saint-Cosmc à Paris.

Nous avons omis dans cet étrange catalogue ce qui ne peut paraître que dans des cartons.

(Extrait du journal de Henri III, par L'Éstoile, année 1588.)

Note xi, page 255.

Conduite des premiers réformés*

îl faudrait lire, dit M, Jules Salles, l'un des biographes de Bernard Palissy, comment le luxe fit place à la simplicité et à l'aumône; comment les procès se vidèrent sans qu'il fût nécessaire d'avoir recours aux hommes de loi. Les magistrate eux-mêmes avaient prohibé plusieurs choses mauvaises qui dépendaient de leur ressort : Il était défendu aux hôteliers de tenir des jeux ou d'héberger les gens du pays, afin que de cette manière, chaque père de famille s'habituât à vivre dans sa maison. Les jours de dimanche, on rencontrait les gens de métier se promenant dans les prairies, chantant par groupe des cantiques, et s'instruisant les uns les autres par des lectures pieuses. Les jeunes filles abandonnaient la vanité, si naturelle à leur sexe, se rassemblaient aussi par troupe dans les jardins, et leur contenance modeste suffisait pour indiquer le changement radical qui s'était opéré en elles.

Tels étaient les premiers ancêtres du protestantisme; Palissy va nous faire connaître quels étaient leurs persécuteurs.

• Je me retirai , dit le grand artiste ( les protestants étaient alors

NOTES

sous le coup de la persécution), secrètement dans ma maison pour ne pas voir les meurtres, les reniements, les pillages qui se-faisaient dans les villes et dans les campagnes. Pendant deux mois que j'y restai, il me sembla que l'enfer était défoncé, et que tons les démons étaient sortis pour ravager la terre. De ma maison, je voyais les soldats courant par les rues, l'épée nue au poing , criant : Où sont-ils ? Les petits enfants eux-mêmes s'assemblaient dans une place que je voyais de la maison où je travaillais de mon métier de terre, et imitaient les blasphèmes, les batailles, les meurtres des hommes. Il me prenait souvent envie d'en faire vengeance , mais je luttais contre ce sentiment et me bornais à réciter en mon cœur le psaume de miséricorde.»

Que c'est touchant !

«Remarquez mes amis, disait le pieux artiste, les bontés de mon Dieu : Quand j'ai souffert à cause de mon art, il m'a consolé par son Évangile; et quand j'ai été exposé à cause de l'Évangile, c'est démon art qu'il s'est servi pour me secourir.»

(Étude sur Bernard Palissy, sa vie et ses travaux, précédée de quelques recherches sur l'art céramique, par Jules Salles, Nimes, 1856.)

Note xn, page 269.

Serment de Henri III.

Aux paroles, Henri III joignit les actes. Son conseil avait jugé que pour empêcher le développement de toute ligue clandestine du duc de Guise , le Roi devait renouveler le serment de l'union en se mettant à la tête de l'opinion catholique, le Roi faisait de la ligue une question personnelle; il ne s'agissait plus que d'une seule chose, à savoir: si on le préférait pour chef, lui couvert de pourpre royale, au duc de Guise avec sa faveur toute populaire. Dans cette première et solennelle séance, l'édit d'union fut donc lu à haute voix par le garde des sceaux ; puis l'archevêque de Bourges commença une longue harangue : « Exécutez heureusement, Sire, la charge que Dieu vous a donnée, restaurez le genre humain quasi perdu en votre royaume ; Votre Majesté, dès ses jeunes ans, a été touchée de l'esprit de sapience de Dieu comme Salomon, pour régner et gouverner vos peuples, et ainsi que le jeune aigle avez porté la foudre du haut Dieu jusque sur le front des ennemis de sa divine Majesté et de la vôtre , les chassant jusqu'aux extrémités de votre royaume. Sous un si grand Roi, nous allons voir l'audace des hérétiques repoussée et réprimée ; ils se verront soumis sous le joug et obéissance de Dieu , de l'Église ca-

NOTES

tholique et de leur Roi; nous aurons la paix et sûreté universelles, tellement que, comme aux jours de Salomon, chacun mangera son pain et ses fruits en patience, sous son figuier et sa treille; le service de Dieu, les églises et temples seront restaurés et réédifiés; les villes se verront libres sans arquebusiers, ni tambours ; justice et paix s'entre-brasseront par une même union de religion, sous un même Dieu et Roy, sera commencé le règne de Christ, idée et exemplaire du royaume céleste auquel nous aspirons tous.»

Henri III répondit aux États : «Messieurs, vous avez ouï la teneur de mon édit et entendu la qualité d'iceluy et la grandeur et dignité du serment que vous allez présentement rendre, et puisque je vois vos justes désirs tous conformes aux miens, je jurerai, comme je jure devant Dieu, en bonne et saine conscience, l'observation de ce mien édit, tant que Dieu me donnera la vie ici-bas, je veux et ordonne qu'il soit observé à jamais en mon royaume pour loi fondamentale, et en témoignage perpétuel de la correspondance et consentement universel de tous les états de mon royaume; vous jurerez présentement l'observation de ce mien édit d'union, tous d'une voix, mettant pour les ecclésiastiques la main sur la poitrine, et tous les autres levant les mains au ciel. » Eeqiii fut fait avec grands applaudissements et acclamations de tous, criant: Vive le Roy! Et le greffier des États dressa procès-verbal de cette noble et belle cérémonie. « Aujourd'huy,le dix-huitième jour d'octobre 1588, le Roy séant à Blois, en pleine assemblée des Etats généraux de son royaume , a juré en foi et parole de Roy, de tenir et observer la présente loy en tout ce qui dépendra de Sa Majesté; et Messeigneurs les cardinaux de Bourbon, de Vendôme et comte de Soissons, duc de Montpcnsier, cardinal de Guise, de Senoncourt et de Gondy, ducjde Guise, de Némours, de Nevers et de Retz , M. le garde des sceaux de France, et plusieurs autres seigneurs, tant du conseil de Sa Majesté que députés des trois Étals de ce dit royaume, ont juré de garder et entretenir inviolableinent la dite loy, tant en leur nom propre et privé, que pour l'État et les provinces qui les ont députés pour se trouver à cette assemblée générale des États. Moy, Rusé, Secrétaire d'État et des commandements de Sa dite Majesté, présent. Ce fait; Sa Majesté témoigna le grand désir qu'elle avait de mettre fin à cette assemblée et pourvoir à tous ses sujets sur leurs plaintes et doléances et pour cet effect , promit de se despartir de la ville de |Blois jusqu'à l'entier parachèvement de la tenue susdite des dits états,, ordonnant pareillement à tous ceux de la dite assemblée de ne pas s'en despartir aucunement. Dont Sa Majesté fut remerciée de toute l'assistance. L'assemblée se retirant, Sa Majesté, avec les roines, princes, princesses, Messieurs les cardinaux, prélats et autres seigneurs, ayee tous les députés des trois états, alla en l'église de

NOTES

Saint-Sauveur, faire chanter un Te Deum où ils furent toujours accompagnés du commun consentement et voix générales de tout le peuple criant Vive le Roy, et montrant une extrême joie et allégresse.

(Acte du serment fait par le Roy aux princes et estais pour l'observation de l'edict contre ceux de la religion. — Capefigue, la Réforme et la Ligue , t. V, p. 131 à 137.)

Note xm, page 349 lia journée des farines*

Tour l'exécution, il y avait soixante capitaines couverts d'habits de paysans conduisant des chevaux et des charettes. Après eux marchait la première troupe conduite par M. de Lavardin, avec cinq cents cuirasses et deux cents arquebusiers. La seconde troupe estait de quatre cents hommes armez de cuirasses et huict cents harquebusiers, conduits par le baron de Biron. Celle-là estait suivie d'autres grandes troupes conduites par le sieur de Lanoue, et après luy marchaient les Suisses et les canons. Le Roy estait au bout du faux-bourg avec M. de Longueville, le duc d'Épernon et autres, tous à pied, n'y avait que M. de Nevers à cheval, accompagné de cinquante ou soixante.

Toutes ces troupes estant ainsi disposées et ayant faict un silence admirable , arrivèrent sur les trois heures du matin dans le faux-bourg Sainct-Honoré. Douze capitaines des soixante déguisez conduisant chacun un cheval chargé de farines s'advancèrent jusqu'à la porte de la ville , les autres estant demeurez vis-à-vis des Capucins, où arrivez demandèrent qu'on eust à les faire entrer; mais les Parisiens ayant esté advertis qu'il y avait une entreprise sur leur ville, estaient en continuelles alarmes. Le sieur de Tremblecourt qui estait à la porte Sainct-Honoré , laquelle on avait terrassée dez le soir avec de la terre et du fumier , inquiesta ces porteurs de farine s'ils avaient point veu les ennemis , mais il luy répondirent si nayvement en langage ordinaire des paysans qu'ils avaient veu quelques quinze chevaux qui battaient les chemins, desquels ils s'estaient cachez et craignoient qu'ils ne les vinssent coutelasser et voler dans les faux-bourgs, qu'aucuns qui estaient là en garde, bien qu'ils sceussent l'entreprise des royaux, leur dire que la porte estait terrassée et qu'ils allassent passer le long de la rivière où on les recevrait par un bateau. Ayant ouy ceste nouvelle , ils se retirèrent dans le faux-bourg et rapportèrent au Roy ce qu'ils avaient entendu. Sa Majesté ayant cognu que céste entreprise estait découverte, toutes les trounes eurent corn-

NOTES

mandement de s'en retourner en leurs garnisons et lny se retira à Senlis , sans y avoir rien eu de perte de part ny d'autre. Voyla ce qui se passa en ceste entreprise, en laquelle les Parisiens ayant receus qu'un alarme, ne laissèrent d'en faire chanter le Te Deum et ordonnèrent qu'à perpétuité en un tel jour, ils en feraient une fcste qui s'appellerait la Journée des farines.

(V. p. Cayet, Chronologie novenaire, an 1591, p. 203. — Édit. Panthéon littéraire.)

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TABLE DES MATIÈRES

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