‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 27 sur 258 · LIVRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE XIV

célèbre Michel Montaigne. Les temps , d'ailleurs , étaient propices pour battre en brèche la royauté du droit divin , et pour s'élever contre les despotes et les tyrans. Les huguenots, à peine échappés d'un massacre, dans lequel ils avaient failli tous périr, se nourrissaient de cette lecture, qui commençait à déraciner de leurs cœurs ulcérés l'amour de la royauté. Le plus fougueux adversaire du gouvernement de Catherine fut Othman, le grand jurisconsulte ». Cet homme , dont la vie fut errante et vagabonde , et semée de misères, naquit à Paris, en 1524, dans une famille parlementaire. A quinze ans, il avait terminé ses éludes de droit à Orléans, avec un succès qui rappelait celui de Calvin, dont il fut le disciple et l'ami. Destiné au barreau, il s'en dégoûta. Son esprit éminemment synthétique le rendait peu propre à la profession d'avocat. Le droit , dans ce qu'il a de plus abstrait et de plus pur, excitait plus son intérêt que la cause la plus émouvante. Sa carrière se dessinait devant lui au moment où la France avait besoin d'hommes pour débarrasser la jurisprudence de ses interminables et ridicules formes, afin de l'asseoir sur les bases inébranlables du juste et du vrai. Penseur profond et amant passionné du beau, Othman s'adonna à la littérature et au droit , et , à peine âgé de vingt-deux ans, nommé professeur, il voyait autour de sa chaire se grouper une jeunesse ardente et studieuse. L'un de ses auditeurs, qui fut plus tard le célèbre jurisconsulte Etienne Pasquier, ne se rappelait jamais sans un sentiment d'admiration les leçons de son jeune et brillant maître.

Tout souriait à Othman. La renommée était venue le trouver à l'âge où on la cherche. Un mariage, qui lui apportait, avec une riche dot, de belles relations de famille, lui avait été ménagé par son père, quand tout à coup le jeune professeur quitta la chaire , qui retentissait de ses éloges, et la jeune fille qui devait faire le couronnement de son bonheur terrestre. Othman avait vu mourir des martyrs protestants : leur calme et leur sérénité l'avaient frappé. Il avait voulu savoir pourquoi on faisait mourir ces hommes de la mort des infâmes; il le sut, et se fit luthérien.

1. Haag, France protestante. — Sayous, Études littéraires sur les réformateurs.

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La misère et le déflfttitëttl atteignirent bientôt celui qui, à l'exemple du législateur de juifs, avait préféré être pauvre avec ses frères que riche avec leurs ennemis. Son père, qui entrevoyait pour ce fils , la joie de son cœur et l'éclat de son nom, un brillant avenir, lui refusa tout secours; mais Dieu, qui a soin de ceux qui lui sont fidèles, n'abandonna pas le jeune savant. Le sénat bernois lui offrit une chaire de belles-lettres à Lausanme. C'est dans cette ville paisible qu'il se livra avec passion à des travaux profonds sur l'antiquité et le droit romain.

Homme d'étude, mais cœur aimant, Othman trouva dans cette cilé la femme qui fut sa compagne fidèle pendant les heures orageuses de sa vie ; elle partagea les fatigues de ses nombreux voyages , les douleurs de son exil , et plusieurs fois elle mangea avec lui le pain de l'indigence. Génie hors ligne, esprit éminemment original, Othman eut bientôt, dans toute l'Europe, une grande célébrité; des offres brillantes lui furent faites de plusieurs côtés; les universités allemandes se le disputèrent ; Elisabeth voulut en enrichir sa célèbre université d'Oxford ; il refusa ; des intérêts à la fois politiques et protestants l'engagèrent à entrer dans les conseils du roi de Navarre , alors le chef et l'espérance des huguenots.

Nous ne pouvons suivre Othman dans les diverses phases de sa vie aventureuse. Nous le trouvons à la diète de Francfort, où il prononça un discours qui révéla en lui l'homme d'état et le théologien; à Valence, où il travailla, sur l'invitation de l'évêque Montluc, au relèvement de l'université de cette ville; à Bourges, où il professa le droit, et d'où il se sauva à la nouvelle du massacre de Paris , pour se réfugier à Sancerre, d'où il s'enfuit pauvre, gémissant sur la perte de sa riche bibliothèque, et plus encore sur le malheur de ses frères; à Genève, où il donna des leçons de droit pour vivre. C'est dans cette ville que le savant protestant devint pamphlétaire. Sa plume se transforma en un fouet dont chaque lanière devint un serpent, et de l'excès de sa colère sortit ce livre à jamais fameux : La Gaule franque. Comme les lettrés de cette époque, il l'écrivit en latin; traduit en français, d'une main hardie, il lança son brûlot au milieu des vaisseaux ennemis. C'était mieux que des régiments qu'Othman lançait contre la cour

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