‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 29 sur 258 · LIVRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE XIV

leurs tyrans, était occupée à élever des pyramides et autres masses semblables, ainsi aujourd'hui la plus grande partie du peuple de France , s'emploie à gratter papier de chicane , et à adresser procès et calomnies. »

Après cela, le publiciste se pose hardiment cette question : le peuple a-t-il le droit de se révolter contre l'autorité des rois ? 11 n'hésite pas ; il se décide pour l'affirmative. La royauté, à ses yeux, est un contrat synallagmatique; celui qui le viole le premier en perd nécessairement tous les bénéfices. Rejetant ensuite ce qu'on a appelé si longtemps, et si mal à propos, le droit divin, il place la souveraineté dans le peuple , pour lequel est le roi , et non le roi pour le peuple.'

On comprend comment cet écrit , composé avec la tête d'un penseur et le cœur ulcéré d'un huguenot, devait agiter les masses. Pour les uns, le savant pamphlétaire faisait l'effet d'un vieux Franc sortant de son tombeau , et venant crier aux Francs modernes : « Secouez vos chaînes ! » Pour les autres, c'était un Érostrate politique. Les écrivains de Catherine s'efforcèrent de réfuter la Gaule franque ; l'auteur riposta ; dans ses répliques , il fut âpre , mordant et immola ses contradicteurs à son impitoyable raillerie.

Une fois lancé sur cette pente glissante, Othman, malgré les craintes de ses amis, alla jusqu'au bout; il demanda La déchéance de Charles IX, l'expulsion de sa mère et l'établissement d'un gouvernement qui eût pour base la souveraineté du peuple ; pour y disposer les populations, il fit, sous le voile de l'anonyme, un écrit court, concis, énergique du massacre de Paris et des provinces ; cet écrit , qui montrait le roi méchant, versatile, cruel, menteur, fut suivi du célèbre pamphlet : Le Reveille-matin des Français } attribué d'abord à Théodore de Bèze. Dans cet écrit, dont l'auteur est demeuré inconnu, on retrouve à chaque page les idées d'Othman. « Les rois de France , dit l'au-

1. La traduction de la Franco-Gallia se trouve dans les tomes II et III des Mémoires de l'État de France sous Charles IX. Les pages que M. Savons a consacrées à ce célèbr-e ouvrage dans ses Études sur les écrivains français de la Rétbrmation, sont dignes d'être méditées. — Voyez encore : Haag, France protestante; A. Dareste, Essai sur Fr. Hotman (1850); Augustin Thierry, Considérations sur l'histoire de France.

teur, promettent et jurent, à leur couronnement, qu'ils conserveront un chacun en son ordre, rang et degré; quand ils font le contraire, qu'ils violent les bonnes lois et les bons édits, en quelque façon que ce soit, ils ne sont plus rois, mais tyrans. S'ils répliquent : il y a cent ans, deux cents ans , voire six cents ans que nous usons de tel et de tel droit, car tel est notre plaisir, et pour autant et par conséquent ce droit nous est prescrit, je répons, que, si on feuillette les histoires de notre France , on trouvera qu'il n'y a pas plus de soixante ans que la liberté des Etats y a été opprimée, et que les rois y ont été, comme Ton dit , mis hors de page. Mais quand bien ce serait de plus longtemps , je tourne dire que la prescription contre les bonnes mœurs et contre les droits du peuple est invalide.»

C'est au milieu de tous ces éléments discordants que Catherine cherchait une issue pour sa politique. Ce qui , dans ces circonstances, la troublait, c'était le souvenir du siège de la Rochelle, dont la capitulation avait été d'abord un échec pour la royauté et ensuite le signal de l'insurrection protestante en pleine paix. Elle chargea Biron de surprendre celte ville. Ce dernier, quoique appartenant au parti des modérés, était avant tout un soldat, il tenta le coup, et échoua. Ses complices furent saisis et, exécutés sur la place de la Rochelle (décembre 1573). Catherine fit désavouer le complot par le roi. 1

Témoin de ces perfidies, Lanoue quitta furtivement Paris et se rendit à la Rochelle. L'étonnement des habitants fut grand quand ils virent apparaître dans leurs murs leur brave défenseur. Il rendit compte de sa conduite pendant le siège, et prouva que les soupçons qu'on avait eu sur son changement de religion étaient faux. « Fidèle jusqu'ici à ma foi , leur dit-il , je le serai jusqu'à la mort. Le moment de ne faire qu'un seul faisceau de toutes nos forces éparses est arrivé ; redoublons d'activité et de vigilance; défions -nous des promesses de la cour; fortifions

I. Lettre du roi à La Mothe-Fénelon. — Le Laboureur,, addition aux Mémoires de Castelnau. — Arcère, Hist. de la Rochelle, t. Ier, p. 540.

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