LIVRE XIV
îa ville; tenons -nous prêts, et bientôt un seigneur puissant, dont je tais le nom par prudence, viendra se mettre à notre tête , et saura défendre ses droits et les nôtres. » Ainsi parla Lanoue. cil était, raconte Barbot, des plus aecorts et bien disants.» — «La douceur et affable humilité dont il gagna les cœurs , dit la Popelinière , tourna les Rochellois si dextrement, que toutes leurs raisons pour se maintenir neutres s'évanouirent comme neige au soleil. En effet, ils se joignirent. »
Le général qu'on ne nommait pas, était le dernier des fils de Catherine , le duc d'Alençon. Ce prince avait de son père l'amour des plaisirs, de sa mère, l'ambition. Rien, si ce n'est son nom , ne justifiait le choix que les huguenots et les politiques avaient fait de lui. En attendant qu'il prît le commandement, Lanoue fut nommé gouverneur général du Poitou.
Menacée du côté des huguenots , la cour courait un autre danger; le duc d'Alençon, frère du roi, qui voyait son frère dépérir, prenait des mesures pour disputer le trône au roi de Pologne. Les événements l'avaient bien servi. Il n'avait pas trempé dans les massacres de Paris et avait protesté contre le meurtre de l'amiral, et l'arrêt rendu contre sa mémoire. Cela avait suffi pour lui gagner la favenr des protestants, et surtout celle du parti politique qui, tout en voulant demeurer fidèle au roi, avait résolu de s'interposer efficacement entre les victimes et leurs bourreaux. Ce parti était nombreux, fort; il comptait des noms honorables, tandis que le parti ultra-catholique était tombé dans cette prostration de forces qui suit toujours les grands icrimes quand ils n'ont pas été couronnés de succès. 11 'avait de plus perdu dans la dernière guerre ses principaux chefs : Tavannes se mourait dans son gouvernement de Provence, sans se repentir du sang innocent qu'il avait si lâchement répandu. Ce qui affaiblissait surtout ce parti, c'était le mépris qu'il inspirait à l'étranger.
Le maréchal de Montmorency, adversaire des mesures violentes, s'efforça de prévenir une levée de boucliers et appuya auprès du roi la demande que lui faisait le duc d'Alençon de l'investiture de la lieutenance générale du royaume , vacante par l'élévation du duc d'Anjou au trône de Pologne. Catherine, qui comprit le danger, s'y opposa éner-
4i HISTOIRE DE LA RÉFORMATION FRANÇAISE.
giquement; elle sentit avec cet instinct que donne l'ambition qu'Alençon, à la mort de son frère, se servirait de son pouvoir pour disputer le trône au roi de Pologne, et pour se débarrasser d'elle en la confinant dans un couvent ou en renvoyant à Varsovie près de son fils Henri. Elle prévoyait aussi que les protestants, en échange des libertés qui leur seraient accordées , lui prêteraient leurs épées contre Henri , qu'il haïssait à cause de la grande part qu'il avait prise à la Saint-Barthélemy et duquel ils n'avaient à attendre que de nouvelles persécutions. Dans cette grave circonstance, elle déploya une grande habileté : elle circonvint Charles IX et le jeune duc ne fut pas nommé lieutenantgénéral du royaume.
Déchus de ce côté, les mécontents, — c'est ainsi qu'on appelait les politiques , — persuadèrent au jeune prince que sa mère avait consulté le pape et Philippe II sur le projet qu'elle avait de lui faire subir le sort de don Carlos. Le roi de Navarre courait de plus grands dangers encore que le jeune prince; car si nous devons en croire les Mémoires de Marguerite, ses craintes n'étaient pas sans fondement. Ces deux princes s'occupaient donc de préparer leur fuite pour aller se mettre à la tête des politiques et des huguenots; mais leur complot, conçu vite, préparé sans suite et sans ordre, le choix des conjurés, qui n'offraient qu'une réunion étrange d'hommes qui durent être étonnés de se trouver ensemble et dont quelques-uns, parmi ceux qui paraissaient le plus ardents, instruisaient Catherine de tout ce qui se passait, devait nécessairement échouer. «Rien de plus étrange que la composition du parti qui s'était groupé autour du duc d'Alençon, jeune homme sans discernement et sans prudence. On y voyait pêle-mêle les hommes les plus respectables et les plus vils intrigants, les vengeurs et les bourreaux de la Saint-Barthélemy, des femmes galantes, des astrologues, des alchimistes : Catherine avait beau jeu dans ce chaos.1»
Le duc d'Alençon et le roi de Navarre choisirent, îe 10 mars 1574 pour s'échapper; ce jour coïncidait, avec la