‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 31 sur 258 · LIVRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE XIV

prise d'armes des huguenots. La cour était à Saint-Germain tout entière aux plaisirs du carnaval, qui lui faisait oublier l'état maladif de Charles IX. Cinquante hommes, cachés dans la forêt de Saint - Germain et conduits par un officier dévoué au roi de Navarre , se présentèrent pour escorter les deux princes dans leur fuite. A la vue de ce petit nombre d'hommes, le duc d'Alençon se troubla, la peur le saisit. Conseillé par La Mole, il alla tout dénoncer à sa mère , demandant son pardon en échange de sa lâcheté. En un moment toute la cour fut sur pied; Catherine simula la peur et sema le bruit que les protestants étaient sur le point d'envahir le château et de s'emparer du roi ; elle s'assura de la personne de son gendre, et comme si la cour eût été dans un péril imminent, elle donna, au milieu de la nuit, le signal de la fuite. Charles IX fut réveillé en sursaut, t Ah: les misérables! s'écria le malheureux roi qui se croyait poursuivi par les conjurés, si au moins ils mê laissaient mourir en paix!» Le cortège royal se mit en route: c'était triste et curieux. Les cardinaux de Bourbon, de Lorraine et de Guise, Birague, Morvillers et Bellièvre étaient montés sur des chevaux fringants qui leur causaient par leurs vives allures une aussi grande peur que les huguenot qu'ils croyaient à leur poursuite. La reine mère avait transformé sa voiture en prison : elle retenait près d'elle son gendre et son fils Aiençon ; à peine arrivée à Paria , elle leur fit rendre leurs épées et ordonna qu'ils fussenî gardés à vue dans leurs appartements. 1

La Mole , Coconas , Rugieri et quelques autres accusé s de complicité avec les princes, furent arrêtés et mis en prison et le parlement commença immédiatement une enquête sur la conspiration de Saint-Germain.

Pendant que le jeune duc d'Alençon révélait toute la bassesse de son caractère , le roi de Navarre se conduisait en roi. Il présenta par écrit à Catherine une défense qui est un chef-d'œuvre d'habileté ; connaissant assez sa bellemère pour être certain qu'elle ne reculerait pas devant un meurtre juridique , il se rapprocha de sa femme pour lui demander le secours de sa plume. Marguerite, chez la-

1. Davila, liv. V, p. 288 — De Thou, liv. VII, p. 33 -4t. — D'Aubigné , t. II, chap. 6 , p. 120.

quelle les passions déréglées n'avaient pas éteint tout sentiment de noblesse et de dévouement , comprit l'état de son époux, lui fut d'un merveilleux secours et devint son avocat. Quand son mari comparut devant la commission chargée de l'interroger, il accusa plutôt qu'il ne se défendit. « Je suis roi, dit-il aux commissaires, j'ai voulu fuir d'une cour où on me retient captif, où mes jours sont en danger, où on veut m'avilir : voilà tous mes complots. Est-il sur la terre un roi qui n'approuve ma conduite , et quelle puissance, quelle nation n'est instruite des violences que je subis depuis dix-huit mois? Qui ne sait sous quels auspices j'ai paru dans cette cour dont on a fait pour moi une prison ensanglantée. Je vivais dans le Béarn, et tranquille sur la foi d'un traité, confiant comme on l'est à mon âge, je ne m'occupais qu'à faire oublier à mes sujets les malheurs de nos longues discordes; j'assistais aux travaux, aux plaisirs et aux jeux de mes Béarnais. Je n'avais qu'une ambition: c'était de faire le bonheur de ces montagnards si gais , si laborieux et si braves. On me parle d'un mariage illustre qui doit cimenter la paix de religion; cette union surpassait mes espérances; elle n'avait excité ni mes désirs ni ceux de la reine ma mère. L'excès des instances avec lesquelles une cour si puissante pressait ce mariage , nous livrait involontairement, ma mère et moi, à quelques inquiétudes et surtout à de fâcheux pressentiments. Pour nous séduire, on me fit espérer que l'on m'aiderait à recouvrer la plus belle partie de l'héritage de mes pères, usurpée par l'Espagne. Bla mère se rendit à Bîois, où le roi de France l'appelait; elle n'avait jamais trahi la vérité; elle crut qu'on lui parlait un langage sincère. Ce fut elle qui appela son fils à la cour; je cédai à une volonté que j'avais respectée toute ma vie. Je me mis en route encore faible de vingt accès de fièvre tierce. C'était ma mère que je cherchais : elle n'était plus quand j'arrivai. Accablé de cette perte , je m'efforçai de surmonter ma douleur et je crus accomplir les vœux de ma mère en affermissant la paix publique par mon mariage avec la sœur du roi. Vous savez quelles en furent les suites: j'avais invité tous m s amis à mes noces, on les égorgea. Ainsi, sans le vouloir, j'avais livré à leurs bourreaux ceux dont j'aurais voulu racheter les jours au péril de ma vie. On m'épnr^ia ; mrjs

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