‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 37 sur 258 · L'Estoile, p. 45, année · texte numérisé non relu

L'Estoile, p. 45, année

sucé chez lui tout ce qu'il avait hérité de chevaleresque des Valois pour y développer, en l'agrandissant outre mesure, tout ce qu'il en avait hérité de vicieux. Ce qui donne le dernier coup de pinceau à sa physionomie , c'est que le fils de Catherine de Médicis mêlait aux scènes les plus obscènes de sa vie les superstitions les plus extravagantes de son culte : le fauteur de la Saint-Barthélemy se donnait des airs de piété.

Quelque temps après son retour en France, où il rentra pauvre et ruiné par Pont-de-Beauvoisin en Dauphiné, et après quelques jours de séjour à Lyon, il partit pour Avignon. Cette ville, ancien séjour des papes, était célèbre par ses dévotions, aux jours où Henri III y transporta momentanément sa cour voluptueuse, galante et ruinée. Une confrérie de pénitents y jouissait d'une grande réputation : c'était celle des battus. Ce qui la distinguait des autres confréries, c'était son lugubre costume et les coups de fouet dont ses membres se déchiraient les épaules; elle ne sortait jamais qu'en grande pompe. Sous un ciel brûlant et inondé de lumières, tout ce qui frappe les sens sied aux imaginations méridionales, plus portées à sentir qu*à penser; de là la popularité des flagellants.

Henri III, soit qu'il sentît qu'il avait des comptes à régler avec sa conscience, soit, ce qui est plus probable, qu'il voulût continuer à l'ex-roi de Pologne la popularité du vainqueur de Jarnac, soit peut-être encore qu'il cherchât dans des extravagances religieuses de nouvelles distractions , voulut se montrer à son peuple dans le costume d'un flagellant : il ordonna une grande procession.1

Quand on sut que le roi devait y assister avec toute sa cour, on se rendit à Avignon de toutes les provinces voisines ; jamais la vieille cité des papes n'avait vu un plus grand concours de population, la ville regorgeait de visiteurs, les églises étaient parées comme aux jours des plus grandes fêtes, les cloches sonnaient à toute volée; le catholicisme déployait toutes ses magnificences de mise en scène; et pour la première fois, pour le plus grand honneur de la religion, un roi de France enveloppé dans un

t. M. ss., Bethime, v. 8676, fol 198. — L'Estoile, année 1574, p. 47. — Davila, liv. VI.

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