‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 39 sur 258 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

gneur Dieu? Je me lèverai, Sire, avec votre permission, je me lèverai et irai au-devant de mon Dieu. »

On le recoucha; le roi s'approcha de son lit; le malade lui protesta qu'il n'avait jamais rien fait qui fût contraire à l'intérêt de son trône, puis il lui recommanda ses neveux. Henri III, plus touché, sans doute, de celte scène que convaincu de la véracité du mourant, l'assura de sa bienveillance pour sa maison. Catherine vint le visiter; le cardinal s'entretint avec elle des affaires du royaume , puis prit congé d'elle, dit le Père Daniel, en lui donnant un saint baiser. La reine mère ne pouvait se contenir et versait des iarmes , dit le même historien. 1

Dans l'aprés-midi, le prélat lut en présence de quelques personnes son testament olographe qu'il avait fait à Reims le 1er janvier 1571. Après ce dernier regard jeté sur la terre, il ne parut plus occupé que de son salut. Le 26 décembre 1574 il expira entre les bras de son frère et de ses neveux : il avait vécu quarante-neuf ans et dix mois.

Telle aurait été, selon quelques historiens catholiques, la fin de Charles de Lorraine; la relation que nous en lisons dans le journal de Henri III ne concorde pas avec celle que nous venons d'en faire. S'il faut en croire le froid mais véridique l'Estoile, le prélat n'aurait pas joui, pondant sa maladie, de cette lucidité d'esprit dont ses apologistes prétendent qu'il ne fut pas privé un seul instant ; «or, la vérité, dit l'Estoile, est que sa maladie était au cerveau, lequel il avait tellement troublé qu'il ne savait ce qu'il disait, en quoi il continua jusqu'à la fm, mourant en grand ! rouble et inquiétude d'esprit, invoquant même et appelant j horriblement le diable sur ses derniers soupirs, chose épou- I vantable, et toutefois témoignée de tous ceux qui assistaient.»

L'exact annaliste continue: «En quoi s'est montrée, ; dit-il, l'impudence d'un certain jésuite Auger, qui fit imprimer en ce temps un discours, que j'ai vu, sur îa mort et derniers propos de ce prélat, lequel il fit parler comme- un ange, lui, dis-je, qui était privé de tout sens et jugement, discours à la vérité digne de la boutique du métier dont on dit qu'a été premièrement ce jésuite.»'

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