‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 43 sur 258 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

çrmul nombre d'écrivains mettent la question hors de

doute,'

En apprenant la prise de Montgommery , la reine manifesta une joie bruyante , et , sans avoir égard à la foi promise, et «usant de celle du temps,» elle fil commencer son procès à Caen , puis le livra au parlement de Paris , qui le condamna comme complice de la conjuration de Coligny, « à laquelle, dit Lacretelle, personne ne croyait, même "les juges. » Ces derniers oublièrent à son égard les règles les plus élémentaires de la justice ; ils ne condamnèrent pas, ils frappèrent. L'arrêt qui l'envoya à la mort, le dégrada de sa noblesse, confisqua ses biens, ordonna la démolition de son château, et déclara ses onze enfants roturiers. Montgommery, qui avait écouté en silence, et sans manifester la moindre émotion, la lecture de l'arrêt, s'écria à cette dernière disposition : «Si mes enfants n'ont pas la vertu des nobles pour s'en relever, je consens à la dégradation.» Il protesta, mais vainement, contre l'arrêt. Ses ennemis , se souciant peu de son corps , prirent soin cependant de son âme; ils députèrent auprès de l'illustre prisonnier Vigor, évèque dÉvreux. Montgommery ne voulut pas se confesser au docteur ; il refusa de baiser la croix, qu'on présentait ordinairement aux condamnés , et monta sur le tombereau. Pendant le trajet, de la conciergerie à la place de Grève , il se recueillit en élevant ses pensées vers Celui devant lequel il allait comparaître, et ne fit pas attention à un prêtre qui l'accompagnait , ni à un cordelier qui l'importunait de ses questions; mais, ce dernier lui ayant dit qu'il avait été abusé, Montgommery leva les y eux. et, le regardant fermement, lui dit : «Comment abusé ! Si je l'ai été, ça a été par ceux de votre ordre; car le premier qui me bailla jamais une Bible en français et qui me la fit lire, ce fut un cordelier comme vous, et là dedans j'ai appris la religion que je tiens , qui seule est la vraie, et en laquelle ayant depuis vécu, je veux, par la grâce de Dieu, y mourir aujourd'huy. 2 » Arrivé sur la fatale plate -forme, il pria le peuplede prier pour lui et

1. Haag, France protestante; Lacretelle; le père Arcère; La Popelinière.

?. L'Estoile, année 1574, p. 58.

demanda à Dieu de le soutenir. Sa prière terminée, le bourreau lui trancha la tête , qui fut plantée , le lundi suivant, 28 juin, en place de Grève. Catherine assista à l'exécution ; elle voulut donner cette dernière marque d'affection au mari qui l'avait dédaignée.

Ainsi se termina la carrière de l'illustre chef huguenot, « qui , dit Brantôme , était le plus nonchalant en sa charge et aussi peu soucieux qu'il était possible ; car il aimait fort ses aises et le jeu; mais quand il était une fois à cheval, c'était le plus vaillant et le plus soigneux capitaine qu'on eût su voir. » 1

L'arrêt qui le frappa, a été cassé par le temps, ce grand réviseur de procès. Le sang du chef huguenot a rejailli sur la robe de ses juges et- de ceux qui voulurent sa mort. Quand la hache qui décapite ne fait que faire tomber la tète sans toucher à l'honneur, elle ne frappe que ceux dont elle sert les passions et les haines.

Pendant que Henri Kl faisait acte de piété dans sa bonne ville d'Avignon , où il se montrait en public tout couvert de petites têtes de mort, brodées sur ses habits et sur les cordons de ses souliers 2, les protestants se soulevaient en masse. Dans leur grande assemblée de Nîmes, ils s'organisaient en république fédérative3, et nommaient, en l'absence du prince de Condé, pour leur protecteur général, le maréchal Damville , qui s'était emparé d'Aiguemortes et de Saint-Gilles. Le moment de tirer l'épée était venu pour Henri III ; il ne le fit pas ; son séjour en Italie l'avait énervé, et il ne se sentait un peu d'élan que pour les cérémonies religieuses et les mascarades ; il voulait surtout se faire sacrer à Reims , ce qui lui tenait plus à cœur que de reverdir, sur de nouveaux champs de bataille, ses lauriers flétris; au lieu d'aller résolument au-devant des réformés , il quitta la Provence et se dirigea sur Paris.

1. Brantôme, Vie des capitaines illustres, art. Montgommery. — D'Aubigné, liv. II, chap. 8, p. 131.

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