Michelet, La ligue et Henri IV
amoureux, et, consultant plus ses fantaisies du moment que l'intérêt de son royaume, il choisit pour épouse cette jeune princesse, appartenant à la maison des ducs de Lorraine et nièce du célèbre cardinal de ce nom. Louise de Vaudemont accepta, sans la désirer, cette haute alliance. Immédiatement après le sacre, qui eut lieu, le 13 février 1575, avec un éclat que ne comportait pas l'état des finances, Henri III, oubliant ce jour-là que l'exactitude est la politesse des souverains, fit attendre, pendant plusieurs heures , les prélats , la cour et le public ; « ce qui l'attardait , c'était sa parure et celle de Louise de Vaudemont ; » il arriva enfin, et la cérémonie commença. «Quand on vint à lui mettre la couronne sur la tête, il dit, assez haut, qu'elle le blessait, et lui coula par deux fois, comme si elle eût voulu tomber, ce qui fut remarqué et interprété à mauvais présage1; » le 15 du même mois, il célébra son mariage à Reims. La cour désapprouva cette alliance. La reine mère n'y mit aucune opposition; «ce qui lui fit le plus d'envie, ce fut l'esprit paisible et dévot de cette princesse , laquelle elle jugea devoir plutôt s'adonner à prier Dieu qu'à se mêler de l'état des affaires du monde (comme il est advenu) , et qu'elle prierait Dieu pour elle pendant qu'elle n'y pouvait entendre.»8
A;: moment où Henri III, encore tout occupé des fêtes dç son mariage et de son sacre , s'inquiétait fort peu des affaires publiques, son royaume était tout en feu. A Paris, entouré d'ennemis , privé de sages conseillers , il recevait chaque jour la nouvelle d'un échec supporté héroïquement par les protestants , ou d'une victoire remportée par eux. Le brave Montbrun, qui avait l'énergie du trop célèbre baron des Adrets, sans en avoir la cruauté, après avoir contraint le maréchal de Bellegarde à lever honteusement le siège de Livron , lutta encore quelque temps , avec des forces inégales, contre les troupes du roi; mais, écrasé par le nombre, il fut fait prisonnier, le 8 juillet 1575, par le baron de Gourdes, auquel il avait fait subir l'humiliation de plusieurs défaites." Ce capitaine catholique souilla sa victoire par une lâcheté; il livra le brave huguenot au