‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 48 sur 258 · L'Estoile, année 1575, p · texte numérisé non relu

L'Estoile, année 1575, p

« Veuillez nous excuser, Sire , répondit le sieur d'Eresnies qui portait la parole, nous ne sommes pas les auteurs, mais les porteurs des demandes. »

Le roi répondit: «Je sais le contraire, rien n'a été délibéré sans vous; mais quand vous et ceux qui vous ont envoyé me rendront l'obéissance qui m'est due, à cette heure je leur donnerai la paix, je les traiterai comme de bons sujets , en foi de roi je leur tiendrai tout ce que je leur aurai promis, et pour le leur faire tenir j'exposerai jusqu'à ma propre vie. »

D'Eresmes remercia très - humblement le roi, et se tournant vers la reine mère, il la supplia d'employer son pouvoir et son autorité à une si sainte entreprise et d'ajouter encore cette obligation aux autres dont la France lui était redevable. Blessée au vif des demandes des députés, Catherine répondit: «Je le ferai volontiers, tant pour leur particulier que pour le bien général et repos de ce pauvre royaume; toutefois je m'en garderai bien de conseiller à mon fils de leur accorder ce qu'ils demandent; car leurs requêtes sont un peu bien hautes et trop déraisonnables, comme tendantes à donner la loi à leur maître, duquel ils sont tenus de la recevoir. Je sais bien que ce sont des chats que vos huguenots, qui se retrouvent toujours sur leurs pieds ; mais quand ils auraient cinquante mille hommes en campagne avec l'amiral vivant et tous leurs chefs debout, ils ne sauraient parler plus haut qu'ils font. Et néanmoins je ferai pour eux comme j'ai toujours fait, tout ce qui me sera possible, moyennant qu'ils me croient et se mettent à la raison.1»

On comprend la surprise de Catherine en entendant les députés se montrer plus exigeants qu'en 1572. En effet, ils demandaient la liberté du culte dans sa plus grande extension, l'égalité civile et politique des réformés et des catholiques (tout autre religion était interdite sous peine de mort2), «châtiment des massacreurs, chambre de justice composée en partie de catholiques et de réformés, resti-

1. L'Estoile, année 1575, p. 53. — La Popelinière, liv. XXXIX, fol. 273-279.

2. Cette clause explique, à elle seule, la mort de Servet, et comment l'intolérance civile en matière de religion était un dogme , imposé par des siècles de préjugés et d'ignorance.

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