‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 58 sur 258 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

Plus que jamais, il fallait endormir la vigilance de la cour. Henri se montra si confiant à l'égard du duc de Guise, que ce dernier le prit tout à la fois pour un niais et pour un vaniteux sans consistance. Il rapportait les paroles du Béarnais à Henri III, qui en riait. Ce dernier le leurrait, en lui promettant la lieutenance générale de son royaume et autres faveurs qu'il ne voulait pas certainement lui accorder. Ce fut le rapport que lui fit le duc de Guise, qui rendit le roi tellement confiant , que , malgré la trahison de Fervaques , il laissa aller son beau-frère courir le cerf à Senlis, d'où les conjurés devaient s'échapper. Le roi de Navarre achevait sa chasse , quand d'Aubigné se présenta devant lui. «Sire, dit l'impétueux huguenot, le roi sait tout. Fervaques me l'a confessé : le chemin de la mort et de la honte, c'est Paris; celui de la gloire et de la vie est partout ailleurs, et pour les lieux les plus commodes Sedan et Alençon. Il est temps de sortir des ongles de vos geôliers, pour vous jeter dans le sein de vos vrais amis et bons serviteurs. »

« 11 ne m'en faut pas tant pour me décider, dit le prince.» Des chevaux étaient prêts. Ils partent, courent toute la nuit à travers des forêts, traversent la Seine à Poissy au point du jour, et atteignent Alençon, où leur arrivée cause autant de surprise que de joie. Le roi de Navarre ne veut pas laisser les huguenots dans l'incertitude à son égard; il veut qu'ils sachent que, lorsqu'il a renié sa foi, il ne l'a fait qu'à contre - cœur ; maintenant il revient vers ses anciens amis, et comme preuve de sa sincérité, il assiste au prêche , où il entre pour présenter au baptême l'enfant de son médecin Gaillard \ L'assemblée entonne le psaume :

Seigneur, le roi se rejouira D'avoir eu délivrance.

Ce psaume, qui avait été indiqué sans qu'on fut prévenu de l'arrivée du roi de Navarre, fut chanté avec enthousiasme. La main de Dieu paraissait visible sur l'évasion du prince, qui en conserva toujours le souvenir.

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