‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 59 sur 258 · L'Estoile, année 1576, p · texte numérisé non relu

L'Estoile, année 1576, p

Le bruit de l'arrivée du roi de Navarre à Alençon se répandit avec la rapidité de l'éclair. Deux cent cinquante gentilshommes vinrent tout aussitôt l'y joindre. Parmi eux se trouvait Fervaques, qu'il aurait pu punir comme traître. Il s'excusa. Henri l'envoya au duc d'Alençon , ne voulant pas le garder près de lui. D'Alençon il alla à Saumur.; Quant il eut passé la Loire, il s'écria : «Loué soit Dieu,^ qui m'a délivré. On a fait mourir la reine , ma mère , à H Paris; on y a tué M. l'amiral et tous mes meilleurs serviteurs ; on n'avait pas envie de me mieux faire, si Dieu ne m'eût gardé ; je n'y retourne plus qu'on ne m'y traîne. » Puis causant à sa manière accoutumée : « J'ai laissé , ditil, à Paris la messe et ma femme; pour la messe, j'essaierai de m'en passer ; mais ma femme , je veux la revoir.1 »

Henri était de bonne foi , mais , malheureusement pour ses mœurs, il avait subi l'influence de la cour des Valois; malheureusement aussi pour sa foi, il eut à subir celle des politiques, qui lui représentèrent qu'il se compromettrait en rentrant si promptement dans les rangs des huguenots. « Vous les servirez mieux , lui disaient-ils , en demeurant catholique, qu'en affichant une croyance qui est antipa- (hique à la grande majorité de la nation. » Ces conseils cadraient trop bien avec l'ambition du prince, pour que sa première ferveur n'en reçût pas quelques atteintes. Il se replia donc en lui-même , et s'abstint de tout «cte qui aurait pu le compromettre aux yeux des catholiques. De là des comparaisons que les zélés d'entre les huguenots faisaient de lui et du prince de Condé , qui était retourné à la foi protestante, et qui , dans ce moment, était en marche pour joindre ses troupes à celles du duc d'Alençon , dans le Bourbonnais, pendant que, de leur côté, les reîtres, forts de plus de trente mille hommes , débouchaient d'Allemagne.

L'imminence du péril ouvrit enfin les yeux à Catherine sur ce fils que son amour aveugle s'était représenté si grand et que les événements lui rendaient si petit. Elle fut terrifiée ; mais revenue de son trouble, elle sonda froi-

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