LIVRE XV
dément la position et se décida pour la paix, même pour la paix à tout prix. La royauté devait y perdre de son prestige; mais selon Catherine, mieux valait porter une couronne sur un front déshonoré que de n'en pas porter du tout.
Le roi ne dicta pas la paix ; il l'accepta avec des conditions dont voici les principales :
« Le roi accorde libre exercice de la religion prétendue réformée1 en toutes les villes du royaume sans restriction, même en tous autres lieux et places poiltvu qu'elles appartiennent aux réformés ou que les propriétaires y consentent : non toutefois à Paris, ni à la cour, et deux lieues aux environs, limités à Saint-Denis, Saint-Maur-les-Fossés, Charenton, Neuilly et Bourg- la -Reine. Ils auront permission de tenir des écoles et leçons publiques, de bâtir des temples, de faire imprimer leurs livres, pourvu qu'ils aient été vus auparavant par le magistrat; et d'assembler des synodes généraux et provinciaux, appelant les officiers du roi pour y assister. Les prêtres, moines et religieuses ne seront point recherchés de leurs mariages, ni leurs enfants censés bâtards; mais ils ne pourront hériter que des meubles acquêts et conquêts de leur père et mère, ni venir à aucune succession directe, ni collatérale. Seront reçus à tous offices et charges, sans prêter autre serment que bien et fidèlement servir. Garderont les fêtes que l'église romaine observe et les mêmes degrés de consanguinité et d'affinité dans leurs mariages, desquels seront juges (quand il y aura procès) , s'ils sont légitimes ou illégitimes, l' officiai, si le religionnaire est demandeur, et le juge royal, si c'est le catholique. Seront établis dans tous les parlements des chambres mi-partie de juges de l'une et l'autre religion, tous néanmoins nommés et créés par le roi, pour connaitre et vider en premier ressort, et par arrêt privativement à tous autres, tous les procès des catholiques associés, et de ceux de la religion prétendue réformée, tant en matière civile que criminelle, tant en démandant qu'en défendant, par écrit que par appellations verbales. Celle du parlement de Paris sera de deux présidents
1. C'est la première fois que îa religion réformée a été ainsi qualifiée.
et seize conseillers, et sera envoyé résider tous les ans, trois mois à Poitiers, commençant au dernier jour d'août pour y vaquer au procès du pays de Poitou, Angoumois, Aunis et La Rochelle; celle du parlement de Toulouse, composée de deux présidents, dix-huit conseillers, un avocat et un procureur général, deux greffiers, un civil et un criminel, deux huissiers et tous autres officiers nécessaires; celles des parlements de Grenoble , Bordeaux , Aix , Dijon , Rouen et Rennes, chacune de deux présidents et dix conseillers; celle de Grenoble tiendra six mois à Grenoble et six mois à Saint-Marcelin. Les différends touchant les rançons sont réservés à la personne du roi. Les criées et ventes publiques des héritages, si elles ne se peuvent faire aux lieux accoutumés, se feront aux marchés publics; les testaments militaires faits durant cette guerre tiendront, mais non pas les exhérédations ou privations soit testamentaires , soit par dispositions entre vifs. Le roi désavoue les excès el désordres de la Saint-Barthélémy , comme advenus à son grand regret, et pour démonstration de sa bonté envers ses sujets, déclare les veuves et enfants de ceux qui ont été tués dans ces désordres, si leurs maris et pères étaient nobles, exempts pour quatre ans de contribuer aux impositions pour le ban et l'arrière-ban ; s'ils étaient taillables, exempts de tailles et impositions pour six ans. Tous jugements, procédures, saisies, ventes, décrets faits contre ceux de la religion depuis la mort de Henri II, cassés et révoqués, rayés des registres et greffes et toutes marques, et monuments des exécutions faites en conséquence de ces jugements, tous livres et actes diffamatoires ôtés et effacés. Le semblable s'entend pour les catholiques associés et nommément pour la Mole, Coconas et la Haye. Tous actes et arrêts contre le feu amiral de Coligny révoqués, biffés et rayés, sa mémoire remise en son entier, ses enfants dans l'honneur et dans les biens; la même chose sera faite pour ce qui regarde Montgommery, Montbrun, Briquemaut et Gavagnes. Les princes et chefs des catholiques associés et religionnaires, seront tenus pour bons et fidèles sujets et déchargés de tout ce qu'ils ont fait, comme aussi le Vidame de Chartres et Beauvais la Nocle, des traités par eux négociés en Angleterre l'an 1562, dont n'avait été fait mention aux édits primitifs.