Haag, France protestante. — Admirault, Me de Lanone
fut fait prisonnier et dut la vie au duc d'Anjou , qui l'échangea contre Strozzi. Redevenu gouverneur du Poitou , de l'Aunis et de la Guyenne , il s'efforça de rétablir la discipline au milieu des troupes protestantes, et les força à respecter les propriétés et la vie des paysans; il sévit contre les maraudeurs, et, donnant lui-même l'exemple, il soldait exactement tout ce que les nécessités de la guerre l'obligeait de prendre ; il rendit à son parti de grands services, qui réparèrent jusqu'à un certain point les brèches que les deux journées de Jarnac et de Moncontour avaient faites à la cause. Après une brillante victoire dans la plaine de Fontenay, il mit le siège devant cette ville, qui opposa à ses attaques une vigoureuse résistance; comme il faisait la reconnaissance de la place, il fut atteint d'un coup de feu qui lui fracassa le bras gauche ; la plaie s'étant, au bout de quelque temps, envenimée, il pourvut à son remplacement et se rendit à la Rochelle. Les chirurgiens les plus expérimentés ne pouvant , par leurs soins , éviter l'invasion de la gangrène, déclarèrent qu'une amputation était le seul moyen de prévenir une mort imminente. «Je préfère mourir, dit Lanoue, plutôt que d'être inutile à mon parti ; » après des refus réitérés , il céda aux prières de Jeanne d'Albret et surtout aux exhortations des ministres , qui lui dirent que s'il ne pouvait servir la cause de Dieu par son bras, il la servirait par ses conseils. Il supporta une douloureuse opération avec une constance héroïque. La reine de Navarre fut présente et tint elle-même le bras de l'illustre blessé. Un habile mécanicien lui fit un bras de fer, qui lui servit à tenir la bride de son cheval, ce qui lui fit donner, par ses contemporains, le surnom de bras de fer. Après la paix de Saint-Germain, le capitaine huguenot se rendit à la cour, où il ne séjourna pas longtemps, et où probablement il eût rencontré la mort , s'il s'y fût trouvé lors du grand massacre. Au moment où il eut lieu, il était dans les Flandres, où il avait défendu, sans pouvoir le conserver, Mons contre les Espagnols. Retiré à Cambrai, il n'osait pas retourner en France, où ses jours eussent été en danger; triste et découragé, il croyait perdue la cause à laquelle il s'était dévoué. Ce fut alors que le duc de Longueville , son ami , gouverneur de la Picardie , lui fit savoir que le roi le mandait à Paris auprès de lui.