LIVRE XV
ligue, annonça qu'il s'était trouvé sur son bureau une requête anonyme portant qu'on prierait le roi d'accorder force de loi à tous les articles qui seraient arrêtés unanimement par tous les États touchant l'honneur de Dieu , le repos public et le service du roi. 1
Le roi , auquel cette proposition fut présentée de vive voix, répondit par des paroles évasives et fit comprendre aux députés avec beaucoup de courtoisie que , tout en tenant sérieusement compte de leurs conseils et de leurs bonnes intentions, il n'avait pas encore songé à abdiquer. Il commençait à comprendre que la ligue s'était formée tout autant contre lui que contre les huguenots. Un événement récent avait commencé à le retirer de sa fausse sécurité. Quelques jours avant l'ouverture des États, un avocat nommé David, à son retour de Rome, mourut subitement à Lyon. Les protestants s'emparèrent de ses papiers , dans lesquels se trouvait la pièce suivante, dont voici la teneur:
«Hugues Capet, ayant usurpé la couronne, a éloigné du royaume la bénédiction apostolique donnée par les papes à la seule race de Charlemagne, et attiré sur lui et sur tous ses'descendants les malédictions du ciel qui les on* rendus réfractaires et désobéissants à la sainte Église, de sorte qu'ils ont élevé dans la France cette détestable idole des libertés gallicanes et fait que ce royaume très-chrétien est devenu l'asile des Albigeois , des Vaudois , puis des Luthériens et des Calvinistes. Il ne faut donc pas" s'étonner si toutes les guerres qui ont été faites aux huguenots n'ont produit autre chose qu'une licence effroyable de vomir impunément des blasphèmes contre le Saint-Siège, et si toutes les victoires qu'on a obtenues sur cette hydre ont été non-seulement infructueuses, mais encore suivies d'une paix ignominieuse à l'autorité royale et ruineuse à la sainte foi. Mais cette pacification semble être un effet de la divine providence, qui veut se servir de cette occasion pour remettre la vraie postérité de Charlemagne dans ses droits et conduire les peuples à reconnaître en cette nécessité ceux qui montrent par leur zèle et par leur persévérance dans la vraie religion qu'ils ont hérité des bénédictions du