‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 74 sur 258 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

son ambassadeur à Madrid, lui envoya copie du mémoire et l'assura qu'il avait été envoyé de* Rome à Philippe II , qui en avait pris connaissance et l'avait approuvé.1

Si Henri III eût eu le sentiment de sa force, il n'eût pas hésité à frapper la ligue dans ses principaux chefs : l'attentat contre sa personne était patent; mais faible lui-même, conseillé par une mère irrésolue, il louvoya selon sa coutume. Guise désavoua l'écrit au nom de la ligue , et le roi parut croire qu'il était de l'invention des huguenots.

Quel est l'auteur du mémoire ? Les uns, entre autres de Thou, l'attribuent aux chefs de la ligue, les autres à l'avocat David lui-môme; la question n'est pas résolue. Il serait cependant bien difficile de l'attribuer à Henri de Guise, puisqu'en supposant même qu'il eût été descendant de Charlemagne , la couronne aurait appartenu à la branche aînée de la maison de Lorraine. Quoi qu'il en soit, l'esprit, de la ligue se révèle tout entier dans cette pièce : ce qui arriva plus tard en est la preuve.

Quand les États virent qu'ils ne pouvaient obtenir du roi qu'il se dépouillât lui-même d'une partie de son autorité, ils résolurent de le contraindre à recommencer la guerre et de lui refuser l'argent nécessaire 2. Or, Henri III convoitait les millions et ne voulait pas guerroyer; il commençait à comprendre que l'affaiblissement des huguenots serait la force de la Sainte-Union, dont la pensée secrète venait de lui être révélée. La reine mère, entrevoyant le péril, prononça des paroles de pacification et de conciliation; mais quand elle vit que le courant était plus fort que sa volonté , elle demanda « qu'il n'y eût plus qu'une seule religion. 3 »

Cette demande fut soumise aux États, qui la discutèrent longuement: des opinions contraires se firent jour; on voulait bien exterminer les protestants, mais on recloutait

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