LIVRE XV
peuple, la couronne n'en est qu'usufruitière; le tiers refusa. Cette fois le roi pleura de colère : «ils ne me veulent , dit-il, secourir du leur, ni me permettre de m'aider du mien ! Voilà une énorme cruauté. 1 » Si Henri III y avait réfléchi, il aurait reconnu qu'il était lui-même la cause principale du refus du tiers , dont il avait perdu la confiance par ses prodigalités insensées.
Les idées de paix gagnaient du terrain. C'était l'argent qui opérait ce revirement dans les opinions. Le clergé luimême , qui s'était appauvri dans les guerres sans atteindre son but, sentait son zèle se refroidir; le duc de Montpensier, le féroce persécuteur des protestants, prononça au milieu des États un discours qui fit une vive impression. Ce massacreur des prédicants et des chanteurs de psaumes se déclarait pour la paix\ Le roi prononça la, clôture de l'assemblée le premier mars. La réunion des Etats n'avait eu d'autre résultat pour Henri III que de l'éclairer sur le discrédit dans lequel il était tombé. Bon gré mal gré , il était obligé de faire la paix; il envoya Biron au Béarnais pour ouvrir des pourparlers. Ce dernier tenait la campagne avec quelques soldats et avait plus l'air d'un aventurier que d'un roi qui cherche à se maintenir dans son royaume : mais dans les combats qu'il livrait, il se créait cette réputation militaire qui plus tard le servit si bien; dépourvu d'argent, il payait de sa personne; un chevalier croisé lui eût envié sa bravoure; dans les combats, il ne comptait
fias le nombre de ses ennemis , mais se précipitait au miieu d'eux, et, souvent plus heureux que prudent, il voyait ses efforts couronnés de succès. Un jour, aux portes de Nérac , il n'avait que cinquante cavaliers et se trouvait en face d'un gros corps de cavalerie : au lieu de tourner bride, il fait face à ses ennemis; l'un de ses compagnons, nommé Rosny, le devance avec quelques gentilshommes; Henri de Bourbon le rappelle : «En vérité, Rosny, lui dit-il, vous êtes étourdi comme un hanneton; vous avez si bien fait par votre témérité, qu'il n'y a plus moyen de faire retraite : enfonçons ces gens-là !» et il se jeta au milieu des ran..s ennemis, au milieu desquels il mit le désordre.