‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 78 sur 258 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

ment pour les rois, surtout aux jours de leur infortune, et cependant dans ce conseil d'une prudence toute humaine que le père donna à l'enfant, nous regrettons de trouver les germes de celui que Rosny donnera plus tard à son maître. Le jeune gentilhomme s'attacha à la fortune du Béarnais , dont il devint l'ami et le conseiller.

Le roi de Navarre se battait bien; mais il n'avançait pas ses affaires; son armée avait perdu cette séve vigoureuse et puissante qui, sous Condé et Coligny, avait aidé la réforme à supporter ses revers et à obtenir, apfès de grandes défaites, d'avantageux traités de paix. La vie des camps, l'habitude du pillage , le contact avec les Reîtres avaient commencé sa dégénération; son sang coulait en abondance, mais ce n'était plus ce sang des martyrs qui était la semence de la cause; l'accord ne régnait pas non plus parmi ses principaux chefs, il eût été nécessaire pour réparer les brèches que l'affaiblissement de sa foi y faisait chaque jour. L'historien qui suit pas à pas les événements de ces temps orageux ne saurait expliquer l'existence du protestantisme, s'il^ne la cherchait, au milieu de tant d'éléments de ruine, en un Dieu protecteur. — Le sang des pères plaidait la cause des enfants ; les martyrs protégeaient les soldats de leurs glorieux souvenirs.

Quoique les États eussent refusé à Henri III l'argent nécessaire pour faire la guerre, il avait pu cependant, au moyen des secours des ligueurs, lever deux armées; l'une, sous les ordres de Mayenne, eut de grands succès en Saintonge; la seconde, sous les ordres du duc d'Alençon, qui avait abandonné les protestants, s'empara dlssoire, et fit passer ses habitants au fil de l'épée. Damville, après avoir servi les huguenots, les trahissait; toutes les chances étaient contre ces derniers. Vaincus sur tous les points de la France, excepté dans la Guyenne et le Languedoc, à vues humaines , ils étaient perclus ; la ligue qui voulait leur extermination fut elle-même leur salut.

Henri III ne tarda pas à s'apercevoir que l'extermination des réformés serait le triomphe de la sainte union qui était un état dans l'état , bien plus dangereux pour lui que ne

l'était le protestantisme. Il n'hésita pas; dès qu'il eut le sentiment du péril, il fit ouvrir à Poitiers des pourparlers avec le roi de Navarre, signa avec ce dernier (19 septembre 1577) un traité qui a pris dans l'histoire le nom de paix de Bergerac. 1

Un double traité fut conclu : l'un public, l'autre secret; le premier en soixante-cinq articles, le second en quarantehuit. Ils se rapprochaient de celui de Saint-Germain (1570) et étaient une restriction de celui de Monsieur; mais c'était beaucoup plus que ce que les protestants auraient osé espérer dans la position critique de leurs affaires. Les deux ligues étaient également atteintes; Henri III les supprimait. Après tant d'effort et de sang, tant de crimes, dit Henri Martin , on était revenu à la paix qui précéda la Saint-Barthélemi avec un grand épuisement moral et matériel et un opprobre ineffaçable de plus. *

t. Traités de paix, t. II, p. 380, 386.

2. Henri Martiu, t. II, p. 387 à 390, — D'Aubigné, liv. III, chap. 23, p. 327. — Davila, liv, VI, p. 340.

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