‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 79 sur 258 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

Après la paix de Bergerac Henri III eût pu tenir les partis sous sa dépendance, en observant fidèlement les traités a l'égard des réformés, et en surveillant de près les ligueurs; mais ce monarque n'avait ni conscience, ni suite dans ses projets. Le roi de France continuait le roi de Pologne.

Ce n'est qu'avec un profond dégoût que l'historien étudie ce règne honteux , où les plus simples éléments de la plus vulgaire morale, étaient méconnus ou foulés aux pieds. — Henri III ne savait pas respecter la majesté royale dans sa personne; après avoir été le premier factieux de son royaume, il en était devenu le premier mendiant. Il donnait follement, toujours satisfait, pourvu que ses mignons le fussent ; il les parait lui-même et prenait plaisir à leur mettre de riches colliers au cou et des pendants de perles précieuses aux oreilles. Il riait de leurs bons mots et de leur impertinence, et se glorifiait de leur bravoure; il leur donnait les hauts emplois, à l'exclusion des grandes familles qui jusqu'alors les avaient occupés; les hommes graves étaient bannis de la cour où l'on ne voyait que des mignons, des farceurs et des bouffons. La désorganisation se mettait partout; le pouvoir royal était sans force, les gouverneurs faisaient peu de cas des ordres qu'ils recevaient; leur obéissance était déterminée par leur seul intérêt; on foulait les lois aux pieds, chacun se constituait son propre juge : celui-ci avec du- poison , celui-là avec la pointe d'un poignard; les duels étaient devenus un moyen île se défaire de ses ennemis ou de terminer brusquement un procès; les charges se vendaient, le plus offrant était

le préféré; le peuple ployait écrasé sous les impôts; l'armée ne se composait guère que d'aventuriers , d'hommes de cape et d'épée ; dans ces temps tout était permis , hors bien dire et bien faire. 1

L'expiation de la Saint-Barthélémy fut Henri III. Dieu ne pouvait en infliger une plus humiliante à la France; les guerres, les pestes, les famines sont des fléaux dont il se sert pour châtier les hommes; mais ces visitations douloureuses peuvent briser un peuple sans l'abaisser; la mort fait autour de lui des ravages, ses larmes et son sang coulent; il est frappé, il n'est pas avili.

L'entourage de Henri III était digne de lui. Ses princi-

f>aux conseillers étaient Willequier et d'O, le beau-père et e gendre. Le premier avait des moeurs infâmes: il avait poignardé sa femme enceinte presque sous les yeux du roi ; elle avait commis le crime de vouloir être fidèle à son mari; le maître récompensa le zèle du serviteur et fit de lui le successeur de Montmorency, l'un des hommes les plus justement honorés du royaume. D'O obtint la surintendance des finances et se rendit célèbre par son faste, son orgueil et ses pilleries. C'étaient ces deux hommes qui avaient été auprès du roi les introducteurs des mignons et qui présidaient, dit Henri Martin, à des mystères dignes, de Néron et d'Héliogabale. a

Les mignons s'étaient rendus odieux par leur insolence. Trois d'entre eux, Quélus, Maugiron et Livarot eurent un duel avec d'Entragues, Riberac et Schomberg, créatures du duc de Guise. Schomberg et Maugiron restèrent morts sur la place, Riberac et Quélus moururent de leurs blessures. En apprenant le résultat du duel , Henri III laissa éclater sa douleur3. Indifférent à tout ce qui se passait autour de lui, il ne quitta presque pas, pendant trente-trois jours , le chevet de Quélus qu'il affectionnait particulièrement ; il promit cent mille francs au chirurgien qui le pansait, cent mille écus à Quélus s'il guérissait. Nonobstant ces promesses, dit Lestoile , il passa de ce monde à l'autre; Maugiron expira en proférant des blasphèmes. Après leur

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