‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 80 sur 258 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

mort, le roi baisa Quélus et Maugiron, fit tondre leur tête et serrer leur blonde chevelure; il ôta à Quélus ses pendants d'oreille qu'il lui avait auparavant donnés et attachés de ses propres mains. Il leur fit faire de splendides funérailles, et élever de magnifiques tombeaux dans Saint-Paul; le peuple indigné appela cette église le sérail des mignons.

Le roi eût bien voulu punir d'Entragues ; mais Guise se présenta hardiment au Louvre : «attaquer d'Entragues, dit-il , c'est m'attaquer moi-même. » Henri III arrêta les poursuites. Quelques jours après, un autre de ses favoris, le jeune et beau Saint-Megrin, gentilhomme bordelais, fut assassiné le soir à la porte du Louvre par des hommes masqués ; c'était une vengeance ite Guise. Le mari offensé se faisait justice. Le roi ne poursuivit pas les meurtriers ; il' fit de splendides funérailles à Saint-Megrin qui était mort en blasphémant; il eut son mausolée de marbre dans l'église de Saint-Paul. 1

On se lasse à raconter ces scènes infâmes , et cependant, en présence de ce passé d'où monte une odeur infecte et cadavéreuse, l'historien protestant bénit Dieu de ce que la réforme a eu pour ennemie une cour dont la haine l'honore autant que les sympathies l'eussent avilie.

Henri III ne pleura pas longtemps Saint-Megrin ; mais il continua à haïr les Guises ; la crainte qu'ils lui inspiraient ne fut pas étrangère à la célèbre institution de Tordre du Saint-Esprit. Celui de Saint-Michel était tombé en plein discrédit. Le collier des chevaliers était «un collier à toute bête,» il lui était advenu, ce qui arrive à tous les ordres, quand les rubans et les croix ne correspondent pas à des mérites hautement, reconnus ou à quelques services signalés rendus à l'État. Henri III institua donc l'ordre du Saint-Esprit. Les règlements qu'il promulgua devaient être jurés par les chevaliers qui ne devaient pas sortir du royaume sans sa permission , ni rien recevoir d'aucun prince étranger; ceci était à l'adresse des Guises et des pensionnaires de

1. Confession catholique du sieur de Saucy, chap. 7, p. 169. — I/Estoile. — De Thou, liv. LXVL

Philippe II. L'hérésie entraînait la dégradation : cela était à l'adresse des politiques qui auraient pu être tentés de passer aux huguenots. Le roi croyait ses filets mailles de fer : ils n'étaient que toiles d'araignée. Il ne fut ni plus fort , ni plus puissant; il fut un peu plus méprisé.1

L'une des grandes erreurs de Henri III fut de croire qu'en opposant les cérémonies de son culte à la simplicité du culte protestant il raffermirait son trône qu'il croyait ébranlé par les enseignements des réformateurs. Aussi on le voyait assister avec une grande ferveur aux prédications des jésuites et des capucins, s'entourer de moines de tous les ordres et participer à leurs pratiques. « Il entrait lui-même, dit D'Àubigné, dans le sac deux ou trois fois par semaine; puis, avec ses courtisans et les principaux des grosses villes qu'il engageait à sa dévotion, ils emplissaient les rues de Paris et autres grandes villes où ils se promenaient, et puis les grands chemins, d'une étrange multitude de blancs- vêtus, avec le fouet à la ceinture, chantant perpétuellement. »*

Ordinairement ces actes de dévotion étaient suivis de scènes scandaleuses qui dégénéraient quelquefois en véritables orgies.

Un écrivain qui fut le témoin oculaire des principaux événements du règne de Henri III, l'italien Davila, trace de main de maître les causes qui amenèrent le discrédit général dans lequel le roi était tombé. «La politique de Henri III, dit-il, qui peut-être aurait atteint son but, s'il y avait persisté, subit les influences de ses affections et de ses passions ; car lui-même il passait de la dévotion aux excès de la mollesse, et de l'oisiveté à la dissolution, de sorte que, tout en continuant les mêmes exercices spirituels, il les entremêlait avec tous les genres de délices, les bals, les mascarades somptueuses, les noces superbes; les entretiens continuels avec les dames de la cour. Le roi réussit bien à faire que la fierté et la rudesse antiques s'effaçassent rapidement, mais en même temps il n'attira sur lui que le mépris et la haine de la plus grande partie de son peuple. En effet, les nobles voyaient le roi enfermé dans un cercle restreint, et ne

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