Àdmirault, Vie de Lanoue
Il y eut cependant des hommes de sens qui résistèrent à l'entraînement général. Ils connaissaient Lanoue , et se refusaient à croire que cet homme si noble , si droit , fût tout à coup devenu un traître. «Avant de rien décider, dirent-ils , nous devons l'entendre ; il est l'envoyé du souverain, et il a été le défenseur de la ville.» Leur avis prévalut : le 19 décembre , Lanoue , accompagné de son surveillant Gadagne, se rendit au faubourg du Tasdon, où il trouva les députés de la ville, auxquels il exposa l'objet de sa mission. Ceux-ci l'écoutèrent sans prononcer une seule parole; puis, rompant le silence, lui dirent : «Nous étions ici pour conférer avec le seigneur de Lanoue ; mais comme nous ne le voyons pas , nous nous retirons , » et ils se retirèrent après cette insultante réponse. Lanoue , plus affligé qu'irrité de voir ses intentions méconnues, sut se conserver calme et demanda une nouvelle conférence , qui eut lieu au même endroit. Comme les députés feignaient encore de ne pas le connaître, il ne put contenir son indignation : «Il est étonnant, leur dit-il, que vous ne connaissiez pas votre ancien défenseur; s'il est banni de votre cœur, il ne devrait pas l'être de votre mémoire; voyez le seul bras qui lui reste, l'autre il l'a perdu en combattant pour vous; il n'y a que deux ans qu'il était avec vous, comment en un si court espace de temps a-t-il pu être assez défiguré pour que vous ne le connaissiez plus? Finissez -en avec votre comédie, et sachez que c'est votre seul intérêt qui m'amène ici. »
« Ce généreux Lanoue , répondirent les députés , uni aux Rochellois par les liens d'une association commune, ne s'est jamais chargé du rôle odieux que vous jouez" en ce moment; zélé partisan de nos intérêts, il en fit les siens propres. Il ne se vendit jamais à la fortune et à la faveur; dans le dessein de nous tromper, il n'opposa pas à nos justes craintes les illusions d'une fausse espérance ; on ne le vit pas se déguiser sous la forme d'un négociateur, pour nous trahir dans une conférence publique , et pour nous rendre nous-mêmes les complices de notre perte par notre acquiescement à de séduisantes raisons ; nous trouvons eu vous ses yeux, ses airs et ses manières, mais nous y cher- ^ chons en vain ce tendre attachement qu'il eut toujours pour nous. Mais pourquoi vous tenir en suspens, nous?