‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 81 sur 258 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

pouvaient arriver à lui qu'au moyen des favoris ; ils étaient obligés, non-seulement de les servir, de les courtiser outre ce qui convenait à leur naissance, mais de les corrompre par d'immenses présents, aussi ils brûlaient d'indignation, et ils exhalaient dans leurs propos leur mépris, leur dégoût, leur horreur pour la cour. Le peuple était intolérablement chargé de tailles pour subvenir à toutes les intrigues du roi, à toutes ses dépenses temporelles et spirituelles, et à la cupidité de ses mignons; en sorte qu'il voyait sa condition devenir pire encore dans la paix de ce qu'elle avait été dans la guerre, et il détestait le nom du roi. Les ecclésiastiques, non moins accablés que les autres, lui reprochaient de n'avoir donné la paix aux huguenots que pour se livrer aux dissolutions de la cour, et les huguenots eux-mêmes , quoiqu'ils jouissent de la liberté de conscience, ne pouvaient regarder la paix que comme une trêve, tant que le roi était entouré, comme ils le voyaient, de capucins, de jésuites, de bernardins, de hiéronymites et de tant d'autres religieux qui lui prêchaient sans relâche l'extermination de l'hérésie. 1

Trop d'éléments de discorde existaient au fond des cœurs pour que la paix entre les deux cultes n'en reçût pas bientôt quelque atteinte. L'édit de pacification, exécuté à Paris , ne l'était pas partout dans les provinces ; dans la Guyenne surtout, où régnait la plus complète anarchie. En pleine paix Biron s'emparait d'Agen et en chassait le roi de Navarre , qui se retirait à Lectoure ; c'est de cette dernière ville qu'il redemanda sa femme à Henri III, soit par politique, soit par convenance. Les zélés huguenots, en apprenant cette nouvelle, en furent vivement affectés; ils craignaient, et non sans raison, que la présence à la cour de cette jeune femme ne fût une source de corruption , c( et que le roi ne se laissât aller davantage aux plaisirs et donnât moins de temps aux affaires2; » ils ne se

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