D'Aubigné, liv. IV, chap. 3, p
limage du Dieu vivant, avec plusieurs sentences de l'épître de saint Pierre en faveur des dominations; s'écrier souvent: Dieu soit juge entre vous et nous; j'atteste V Éternel devant Dieu et ses anges ! Tout ce style , qu'ils appelaient , entre les dames, le langage de Canaan, s'étudiait au soir, au coucher de la reine, et non sans rire; la bouffonne Atrie présidait à cette leçon.1 »
Catherine était trop connue pour que les ministres se laissassent prendre à son langage: elle croyait parler celui de Canaan et n'en parlait que le patois; mais ses filles d'honneur étaient plus habiles diplomates qu'elle. L'une d'elles, Anne d'Atrie, celle qui lui enseignait le langage de Canaan , entreprit de séduire un vieux gentilhomme nommé d'Ussac, «tenu pour un des piliers de l'Eglise huguenote, étant* des plus autorisés dans les consistoires et accrédité dans les assemblées3.» Elle réussit au delà de ses espérances : d'Ussac devint amoureux d'elle et afficha sa passion d'une manière extravagante. Le roi de Navarre le railla , croyant le guérir de sa folie ; mais le vieil huguenot, jusque-là si fidèle, devint un traître , et sur la demande de sa belle intrigante , il se décida à livrer à Catherine iaUéole, dont il était le gouverneur. Ce fut à Auch, dans un bal que sa belle-mère lui donnait, que le roi de Navarre apprit la trahison de d'Ussac ; il ne manifesta pas la moindre émotion. Il dit tout bas à trois ou quatre gentilshommes de prévenir tous ceux de ses serviteurs dont ils pourraient savoir le logis, que dans une heure il serait à cheval hors la porte de la ville. Il sortit du bal sans être aperçu , et quelques moments après il courait à toute bride vers la petite ville de Flamarens, dont il s'empara sans coup férir. Le lendemain, quand Catherine l'apprit, elle se mit à rire et branlant la tête , elle dit : « Je vois bien que c'est la revanche de la Réole et que le roi de Navarre a voulu faire chou pour chou, mais le mien est plus pommé.»3 „
Le Béarnais surprit encore la ville de Saint-Emilion : Catherine se fâcha et continua ses intrigues. Des duels eurent lieu : le prince de Condé se battit avec le vicomte