‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 86 sur 258 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

de mépris pour sa mère, qui altéra en elle les germes du bien et y développa si profondément ceux du mal. Fille d'une Jeanne d'Albret ou d'une Marguerite de Valois, la jeune épouse du roi de Navarre eût été, non la honte, mais l'ornement d'un trône. Si elle eût aimé son mari, et eût été chérie de lui , celui que nous appellerons plus tard Henri IV n'eût pas eu dans son histoire tant de pages honteuses , et la Réforme , qui fut plus rudement frappée le jour de l'abjuration que celui de la Saint-Barthélémy^ , n'eût pas certainement vu son chef l'abandonner. Tout se lie ici-bas : le mariage du Béarnais avec Marguerite fut plus funeste aux réformés que la perte de plusieurs batailles.

Le tableau que Marguerite nous a laissé de la petite cour de Nérac , offre un contraste frappant avec celui de l'austère Jeanne d'Albret. « Nous faisions , dit-elle , la plupart du temps notre séjour à Nérac, où notre cour était si belle et si plaisante que nous n'envions plus celle de France , y ayant la princesse de Navarre, soeur de mon mari, qui depuis a été mariée à M. le duc de Bar, mon neveu, et moi avec bon nombre de filles et dames. Et le roi mon mari était suivi d'une belle troupe de seigneurs et de gentilshommes , aussi honnêtes gens que les plus galants que j'ai vus à la cour, et n'y avait rien à regretter en eux, sinon qu'ils étaient huguenots ; mais de cette diversité de religion il ne s'en oyait point parler. Le roi mon mari et Madame la princesse sa sœur allant d'un côté au prêche, et moi et mon train à la messe en une chapelle qui est dans le parc, d'où, comme je sortais, nous nous rassemblions pour aller promener ensemble, ou dans un très-beau jardin qui a des allées de lauriers et de cyprès fort longues, ou dans le parc que j'avais fait faire en des allées de trois mille pas , qui sont au long de la rivière, et le reste de la journée se passait en toutes sortes de plaisirs honnêtes; le bal se tenant d'ordinaire l'après-dîner et le soir. Durant tout ce temps-là, le roi servait Mademoiselle de Fosseuse, qui, dépendant du tout de moi, se maintenait avec tant d'honneur et de vertu, que si elle eût toujours continué de cette façon, elle ne fût tombée au malheur qui depuis lui en a tant apporté et à moi aussi. 1 »

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