I. Mémoires de Marguerite de Valois, année
Marguerite passe sous silence ses nombreuses infidélités, on le comprend, et cependant à cette époque, pendant qu'elle soignait son mari , malade d'une lièvre continue , avec un dévouement remarquable, elle était aimée de M. de Turenne.
Henri III , qui était jaloux de l'affection que sa sœur portait au duc d'Alençon , et qui se faisait instruire jour par jour de tout ce qui passait à Nérac, voulut la brouiller avec son frère et son mari. Il écrivit au roi de Navarre que sa femme lui était infidèle et que M. de Turenne était l'amant préféré. Il chargea Strozzi de cette honteuse mission : celui-ci présenta la lettre au roi , qui la montra aux deux accusés et fit semblant de croire à leur innocence. Marguerite et les dames de la cour furent tellement indignées de la déloyauté de Henri III, qu'elles demandèrent à leurs amis s'ils étaient vraiment amoureux d'elles et de
le leur prouver en vengeant leur honneur Ceux-ci
promirent : ce fut l'origine de la guerre dite des amoureux.
Le duc d'Anjou, trahissant une fois de plus son frère, sollicitait le roi de Navarre à commencer les hostilités. Le but de ce prince était de se rendre indispensable à Henri III et de le forcer à recourir à sa médiation pour la paix, afin de porter la guerre dans les Pays-Bas, et de se servir des gentilshommes catholiques et huguenots pour la conquête des Flandres. Le roi de Navarre, qui ne devina pas la pensée secrète du duc d'Anjou, se laissa entraîner follement à commencer une guerre dont la cause apparente n'était que ridicule. Il réunit ses principaux chefs, leur remit à chacun la moitié d'un écu d'or. « Quand vous recevrez l'autre moitié, leur dit-il, soyez prêts.1))
Pendant que le roi de Navarre faisait ses préparatifs , le prince de Condé, qui tendait à se rendre indépendant de
1. D'Aubigné, ïiv. IV, chap. 5, p. 345. — Sully, Économies royales, t. Ier, çhap. 10.