‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 91 sur 258 · Mémoires de Marguerite de Valois, année · texte numérisé non relu

Mémoires de Marguerite de Valois, année

sation. Henri III ne comprenait pas ou plutôt ne paraissait pas vouloir comprendre que l'argent est le nerf de la guerre. Il le prodiguait sans pudeur à ses mignons, et laissait ses généraux manquer de munitions de guerre et de bouche. Rien donc ne se faisait, parce que rien ne se faisait ni bien, ni à son heure; c'est à cela, plus encore qu'à leur courage , que les protestants durent souvent leur salut.

Dans ce moment, Henri III, préoccupé d'une maladie (la coqueluche) qui faisait de grands ravages à Paris, ne donnait qu'une médiocre attention aux événements qui s'accomplissaient hors de sa capitale ; mais quand l'épidémie arriva à son déclin, il fut contraint par la clameur publique à commencer le siège de La Fère. Les Parisiens étaient humiliés et exaspérés en voyant aux mains des huguenots une ville si près de leur cité. Le roi chargea le maréchal de Matignon de la leur reprendre. La Fère n'avait que de mauvais remparts; mais elle était défendue par le brave de Muy auquel le prince de Condé en avait confié le commandement. Ce sera un siège de velours1, disaient les Parisiens qui croyaient la défense impossible; mais les troupes royales firent l'expérience «qu'il n'est, suivant une expression de La Noue , si bons remparts que de bons hommes. » Les réformés repoussaient vaillamment tous les assauts; la fièvre qui survint les seconda, et en moins de quelques semaines, deux mille assiégeants trouvèrent leur tombeau dans les fossés de La Fère. La garnison obtint le 31 août une capitulation honorable, et «contrairement à la foi du temps,» les clauses en furent scrupuleusement observées.

Dans tout le reste du royaume , la guerre se poursuivait mollement, sans aucun résultat positif; cependant les huguenots s'affaiblissaient sensiblement; le découragement les gagnait, et ils paraissaient perdus, comme avant la paix de Bergerac, quand le duc d'Anjou les tira d'une position qui semblait désespérée.

Ce prince aspirait à la souveraineté des Flandres et à la main d'Elisabeth. Il eut donc l'idée de proposer au roi

1 . 11 fut ainsi appelé parce qu'il semblait aux Parisiens qu'ils n avaient qu'à se présenter pour que la ville ouvrit ses portes.

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