‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 93 sur 258 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

La paix de Fleix, comme toutes les paix précédentes, n'était qu'une paix boiteuse et mal assise. Nous ne devons pas nous en étonner; on ne concilie pas ce qui par nature est inconciliable. Par moment, sans doute, on peut se faire illusion, mais on ne tarde pas à reconnaître que, dans les luttes de deux principes , les traités de paix ne sont en définitive que des trêves. Si les protestants jouirent du bénéfice de la paix du 26 novembre 1580, ils le durent moins à la bonne foi des catholiques, qu'à leurs propres armes ; la crainte qu'ils inspiraient encore fut la seule garantie de leur repos.

La France, à ce moment, présentait un triste spectacle. Au sommet de l'échelle sociale était le roi alors âgé de trente ans. Sept ans d'un règne agité ne lui avaient rien appris, si ce n'est à dissimuler; et il ne se souvenait qu'il était roi que quand il fallait arracher à son peuple des édits bursaux, ou méditer avec sa mère et ses mignons quelques perfidies. Le tact moral, celui même des simples convenances sociales, lui manquait. Il passait des jours entiers avec des chiens , des perroquets et des singes ; il veillait près d'eux quand ils dormaient, dans la crainte qu'on ne troublât leur sommeil. Deux fois il partit de Paris à pied avec la reine, pour aller demander à Notre-Dame de Chartres de dessous terre, de lui donner un héritier, quoique Miron, son médecin, eût dit que toutes les Notre- Dames du monde n'y feraient rien1. Autour de lui ce n'était que jeux, duels, assassinats qui scandalisaient moins

1. Brantôme, Dames illustres, t. V, p. 334. — Félibien, Histoire de Taris, liv. XXII, p. 1144.

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