‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 95 sur 258 · L'Estoile, Journal de Henri m · texte numérisé non relu

L'Estoile, Journal de Henri m

2 Note vin.

3. Sismondi, Histoire des Français, t. XX, p. il; voir note ix.

plus tard sous le nom du duc d'É

Ces deux jeunes

L'autorité royale ne pouvait que s'affaiblir sous un tel monarque, d'autant plus indolent qu'il n'avait pas d'enfants, et était sans espérance de postérité : il vivait au jour le jour, comme plus tard Louis XV, dans la pensée que la machine durerait autant que lui. Mieux donc que la ligue, il faisait les affaires de la ligue; elle gagnait en force et en intérêt ce qu'il perdait en autorité et en dignité. Les Guises s'agrandissaient chaque jour; leur chef Henri régnait en maître dans son gouvernement de Champagne, Mayenne disposait de la Bourgogne, le duc d'Aumale de la Picardie, leur cousin, le duc de Mercœur de la Bretagne, le bâtard d'Angoulème avait obtenu par leur influence le gouvernement de la Provence1. Rarement force plus redoutable fut entre les mains d'un sujet déjà rebelle de cœur et prêt à lever l'étendard de la révolte au premier moment favorable.

Affaibli de ce côté, le roi l'était encore de celui des politiques et des huguenots. Les premiers étaient maîtres du Languedoc par Damville, devenu duc de Montmorency; les seconds dominaient par le roi de Navarre sur une grande

fiartie de la Guyenne. La cognée était mise aux racines de 'arbre royal; encore quelques coups de hache et la France, reculant de quelques siècles, serait retombée au pouvoir de ses barons féodaux.

Tout donc poussait à la révolte et menait à la dissolution du corps social. Les protestants eux-mêmes commençaient à déchoir de leur austérité première; les jeunes gentilshommes huguenots qui s'étaient attachés à la fortune du Béarnais n'imitaient que trop ce dernier; les ministres étaient zélés, mais dans leur zèle, il y avait plus de haine contre le pape que d'amour pour Jésus-Christ. La division enfin régnait parmi les chefs huguenots; le prince de Condé ne cachait pas sa jalousie pour son cousin le roi de Navarre. C'était le cas de dire avec le psalmiste : «Les fondements sont renversés, que fera le juste?» On comprend comment, avec tant d'éléments si discor-

1. De Thou, liv. LXXVl — Bouche, Histoire de Provence, t. II, p. 673.

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