‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 96 sur 258 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

tlants, il fut difficile au roi de Navarre de faire accepter, puis respecter la paix de Fleix. En Languedoc et en Dauphiné, elle fut imposée par la force. Il fallait faire la guerre pour la faire reconnaître. Elle dura quatre ans, c'était beaucoup.

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Le peuple français est un singulier peuple ; pendant la guerre, il désire la paix; quand il a la paix, il ne sait demeurer en repos, il s'ennuie. Comme les Athéniens d'autrefois, il lui faut toujours du nouveau. L'action est son élément : s'il réfléchissait davantage , il ferait moins sans doute, mais ce qu'il ferait, il l'exécuterait mieux. — C'est un noble peuple auquel il n'a manqué que de bons maîtres pour être le premier des peuples. Au milieu des événements dont nous faisons le récit, le duc d'Alençon, le médiateur de la paix de Fleix, songeait à agrandir ses domaines, déjà si vastes, en venant au secours des Pays-Bas contre Philippe II; il engagea à son service plusieurs des seigneurs protestants attachés au roi de Navarre. Ces gentilshommes, qui n'avaient d'autre profession que celle des armes , furent séduits par la brillante perspective qui se présentait devant eux. Le Béarnais ne leur offrait pour le moment qu'une vie inactive et pour asile qu'une cour de province pauvre et presque obérée; ils acceptèrent. Rosny, qui devint depuis duc de Sully, céda comme les autres, non par entraînement , mais par calcul : il espérait faire rendre à sa famille, qui était flamande, les vastes domaines dont elle pouvait revendiquer la propriété dans les Pays- Bas. Dans cette circonstance, le bon sens, qui était l'une des qualités dominantes de ce gentilhomme, lui fit défaut; son intérêt l'aveugla sur le prince à la fortune duquel il allait s'attacher. Quand il prit congé du roi de Navarre : «Quoi donc, lui dit celui-ci, vous allez maintenant servir ce prince ; il me trompera bien s'il ne trompe tous ceux qui se fieront à lui, et surtout s'il aime jamais ceux de la religion , ni leur fait aucun avantage ; car je sais qu'il les hait comme le diable dans son cœur. Et puis , il a le cœur double et si malin , et le courage si lâche , le corps si mal bâti et est tant inhabile à toutes sortes de vertueux exer-

cices, que je ne me saurais persuader qu'il fasse jamais rien de généreux, ni qu'il possède heureusement les honneurs, grandeurs et bonnes fortunes qui semblent maintenant lui être préparées ; et quelque bonne mine qu'il me fasse en m'appelant son bon frère, je connais bien son dessein : c'est de peur qu'il a à ce que je ne veuille empêcher le vicomte de Turenne, vous, Esternay, Salignac, et autres de la religion , d'aller en Flandre avec lui. »

Rosny ne suivit pas ces sages conseils; il quitta son jeune maître et alla tenter la fortune avec un prince aussi contrefait de corps que de cœur. Il ne réussit pas. Dans ses Economies royales , il se fait raconter, à lui-même, tous les inconvénients de sa malheureuse expédition. 11 y a dans ce récit une page assez curieuse, qui mérite d'être rappelée comme étude des mœurs de l'époque. «Toutes ces confessions et désordres, lui disent ses secrétaires , arrivés en Pays-Bas, ainsi qu'il en a été dit quelque chose dans les chapitres précédents, vous firent résoudre de quitter Monsieur, frère du roi; et pour cet effet, ayant obtenu un passe-port par le moyen du comte de Barlemont, votre parent, vous vous en allâtes visiter Madame de Mastin, votre tante, qui résidait à la Bassée, laquelle, aussi bien que le vicomte de Gand, vous avait déshérité à cause de la religion , s'étant laissé persuader aux moines que ceux de votre profession ne croient ni en Dieu ni en Jésus-Christ, et qu'ils avaient en horreur la vierge Marie , les saints et les bonnes œuvres.»

«Et nous permettrez de faire ici un petit discours de ce qui se passa entre elle et vous, pour faire voir l'innocence ou plutôt la simplicité niaise de cette dame, plongée dans la bigotterie, laquelle à votre arrivée ne vous fit pas trop bonne chère , ne vous pouvant quasi pas regarder dé bon œil, comme elle vous dit depuis, croyant certainement que vous n'adressiez nulle de vos prières à Dieu. Mais le lendemain matin, comme elle vous eut mené dans la grande église de l'abbaye , laquelle elle avait fondée , pour y voir les sépultures de marbre de vos ancêtres qu'elle y avait fait construire, et entre les autres celle d'Hélène de Melun, femme de Robert d'Artois, de Hugues de Melun, votre aïeul, et d'Anne de Melun, votre grand'mère, et celle d'elle-même qu'elle y avait déjà fait élever, elle vous

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