LIVRE XVII
de leur culte furent exterminés sans pitié ; ils eurent leur édit de Nantes. Leur exil de la vieille terre de leurs pères commença sa dégénération. Ils l'appauvrirent comme l'édit de 4698 appauvrit la France.
L'homme qui secondait le mieux Philippe II était le duc d'Albe , l'exécuteur de ses hautes œuvres. Il l'envoya dans les Pays-Bas , où des troubles s'étaient élevés. Ses habitants réclamaient les antiques privilèges de leur province et prêtaient une oreille attentive aux enseignements des réformateurs. C'étaient, aux yeux du roi catholique et de son ministre, des crimes de lèse-majesté divine ; ce dernier se mit à l'œuvre. En quelques années , plus de cinquante mille hommes périrent de mort violente. Ce n'était qu'un cri de douleur dans ces belles et riches contrées : l'échafaud, le gibet, les bûchers étaient en permanence; les inquisiteurs devinrent savants dans l'art dépendre, de brûler, de décoller, de mutiler, de torturer; un seul mot rendait suspect ; celui qui l'avait prononcé était envoyé à la mort. Les inquisiteurs , dans leur zèle , allaient quelquefois trop vite y et plus d'une fois un bon catholique périt à la place d'un protestant.... «Eh bien! disait alors d'Albe à ses théologiens, c'est un juste que nous avons envoyé au ciel.» Dans leur effroi, les familles protestantes prenaient la fuite; plus de cinquante mille personnes s'exilèrent pour échappera la proscription; l'intelligente Angleterre leur ouvrait ses ports, s'enrichissait de leur industrie, et plus encore de leurs vertus.
De l'excès de la persécution naquit la résistance. Les protestants ne voulaient pas sans cesse tendre la tête à i leurs bourreaux ; Guillaume d'Orange fut le Guillaume Tell et le Washington des Hollandais, qui lui durent leur délivrance et la fondation de leur belle et florissante république. Ce prince avait une âme fortement trempée, un !>ens droit, une volonté inébranlable, une patience que rien ne pouvait lasser; il parlait peu, de là le nom de Taciturne qui lui est resté ; mais quand , dans les occasions solennelles , il rompait le silence, il s'élevait à la plus haute îloquence : ses paroles rendaient la profondeur de sa pen- > ;ée et l'énergie de son âme. Tel était l'homme que la Providence avait donné aux Hollandais.
Quand Guillaume apprit l'arrivée du duc d'Albe, il s'en-
fuit en Allemagne. Les princes protestants l'accueillirent avec une vive sympathie et lui confièrent quelques troupes avec lesquelles il rentra dans sa patrie. Il adressa un appel énergique à ses compatriotes , et bientôt il eut UUC armée de paysans sous ses ordres. Ces hommes , qui ne savaient pas manier les armes , compensaient largement ce désavantage par une âme ardente , un courage à toute épreuve , une obéissance sans bornes , une moralité exemplaire. Par dérision les Espagnols les appelèrent « l'armée des gueux;» mais ces gueux ne tardèrent pas à devenir redoutables. Sous la conduite de Louis de Nassau , ils battirent un corps d'armée espagnol Commandé par le duc d'Aremberg et firent subir au roi catholique son premier échec.
Le duc d'Albe ressentit vivement l'affront qu'avait subi l'armée espagnole. Il s'en vengea à sa manière : il fit décapiter les comtes d'Egmont et de Horn , dont le seul crime était d'avoir réclamé le privilège des provinces et protesté contre le tribunal de l'inquisition. Debout sur l'échafaud, calme , tranquille , sans qu'un seul murmure s'échappât de ses lèvres, le comte de Horn ne prononça que ces mots: «Apprenez par notre sort, ô mes amis, quelle est la mesure de l'obéissance que vos maîtres exigent de vous.»
Ces paroles ne furent pas perdues. Les Hollandais les recueillirent pieusement , comme aux jours de la conjuration d'Amboise les protestants avaient recueilli celles de Willemangis.
La lutte était engagée: elle fut terrible. Le duc d'Albe la fit à sa manière , c'est-à-dire sans merci et sans pitié ; il livra aux bourreaux quinze cents bourgeois de Harlem , vainquit plusieurs fois le prince d'Orange ; mais le Taciturne semblait renaître de ses cendres. Comme Coligny, dont U épousa la fille, la veuve de Téligny, il se retrempait dans ses défaites. D'Albe était désespéré ; son maître solda ses sanglants exploits en lui retirant le commandement ; pour la première fois le roi catholique comprit que la violence n'est pas la force. Son ministre reprit tristement le chemin de l'Espagne; son successeur, le commandeur Requesens avait un peu la cruauté de son prédécesseur, sans en avoir l'habileté. Il ne sut être ni cruel, ni clément'. Leyde , qui se souvenait des massacres de Harlem,