‹ Histoire de la réformation française (volume 4)Chapitre 99 sur 258 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

fut admirable d'énergie et de dévouement; elle ouvrit ses écluses et mil entre elle et les assiégeants une mer d'eau , elle fui sauvée.

La fortune se déclara contre Philippe : ses troupes même se mutinèrent, elles notaient pas payées. Il fut contraint de donner une amnistie , en attendant que ses finances lui permissent de recommencer les hostilités. Les Flamands eurent un jour de grande joie : ils descendirent de son piédestal la statue du duc d'Albe ; Philippe le leur permit. 11 fallait qu'il se sentît bien faible.

Le roi avait alors^iuprès de lui un bâtard de Charles- Quint , dont le nom était célèbre par toute la chrétienté : il s'appelait don Juan. A l'âge où l'on obéit encore, il avait eu une rare bonne fortune , celle de commander une grande flotte ; il avait battu les Turcs et gagné la bataille de Lépante. Ce jeune homme était ardent, ambitieux; il prononça certains mots qui éveillèrent la défiance dans le cœur du plus défiant des rois. Philippe voulut dès lors s*en défaire sans bruit, en ayant l'air de l'employer. Il Teiivoya guerroyer dans les Flandres. Don Juan traversa la France incognito; en passant à Paris il vit Guise: ambitieux tous deux , ils formèrent une alliance offensive et défensive. L'un pensait à déposséder Henri III, l'autre à se rendre indépendant dans les Pays-Bas. Philippe II sut tout: quelque temps après don Juan mourut; le poison abrégea-til ses jours? On le crut; l'opinion publique accusa Philippe II, et peut-être ne se trompa-t-elie pas cette fois?

Tel était l'état des Flandres, quand, sur les instances du prince d'Orange, le duc d'Anjou1 y arriva. Par le traité de Plessis-les-Tours ( 19 septembre 1580), Monsieur s'était engagé à secourir les Pays-Bas contre Philippe II, mais il perdit un temps précieux et ne se mit en marche qu'aux derniers jours du mois de juillet suivant. Il amenait avec lui dix mille fantassins , quatre mille cavaliers et près de

1. Le duc d'Àlencon avait pris le titre de duo d'Anjou depuis ravènement de Henri III au frône.

trois mille gentilshommes1, au nombre desquels était Kosny. Le jeune prince avait devant lui deux brillantes perspectives : la souveraineté des Pays-Bas et la main de la reine d'Angleterre.

Les premiers jours de la campagne furent marqués par des succès. Malgré Farnèse , duc de Parme , le plus grand capitaine de son siècle, il entra le 18 août à Cambrai, aux acclamations de ses habitants , qui saluèrent en lui leur libérateur5. Deux jours après, il mit le siège devant Câteau- Cambrésis. La ville refusa une capitulation ; elle fut emportée d'assaut. #

Le duc d'Anjou, avec les forces dont il disposait et l'appui moral qu'il trouvait dans les populations, eût réussi dans son entreprise si , comme tous les membres de sa famille , il n'avait pas été privé de sens moral et de droiture. Les habitants de Cambrai , qui l'avaient reçu en libérateur, n'avaient pas cependant voulu remettre leur citadelle aux soldats du prince; leur reconnaissance n'allait pas jusqu'au sacrifice de leur liberté : le duc d'Anjou résolut de s'en emparer. Il fit dire au gouverneur d'Inchy qu'il désirait, avant de partir, dîner dans la citadelle et n'y être servi que par des officiers flamands. D'Inchy, flatté de l'honneur que lui faisait le prince, prépara un magnifique banquet , auquel son royal convive assista avec tout son état-major. Les invités étaient au nombre de soixantequatre. Au second service, les gardes du prince demandèrent à entrer pour lui faire un compliment; le commandant ordonna qu'on leur ouvrît les portes. A peine entrés , ils éteignirent la mèche des soldats flamands et se rendirent les maîtres de la citadelle. Sans la moindre rougeur au front, le duc d'Anjou dit au commandant: «Je garde Cambrai pour moi. » Celui-ci cria à la trahison : le prince lui imposa silence avec des menaces.

Après cet exploit plus digne d'un guérillas que du chef d'une grande armée , Monsieur retourna en France, d'où

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