‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 107 sur 253 · XIV · texte numérisé non relu

XIV

Louis XiV croyait avoir réduit les protestants à l'impuissance, et attendait du temps et de ses édits l'extinction complète de l'hérésie. Il se trompait, le feu couvait sous la cendre dans les Cévennes et le Vivarais; s'il eût pressenti une insurrection, il se serait rassuré; il avait, pour la reprimer, un homme qui jouissait de toute son estime et de toute sa confiance, le successeur, dans le Poitou, de l'intendant Mariliac, Bâville.

Cet homme , qui a attaché à son nom une triste et retentissante célébrité, naquit à Paris en 1648. Il était le second fils de Guillaume de Lamoignon , célèbre jurisconsulte, auquel la France est redevable de la refonte des lois françaises du moyen âge. Il entra, de bonne heure, au barreau et s'y distingua; en 1670, il fut pourvu d'une charge de conseiller au parlement. Bientôt après, Louvois, bon juge de son mérite, le crut plus apte à devenir un grand administrateur qu'un grand légiste, et le nomma successivement intendant des généralités de Pau , de Montauban , de Poitiers. Quand D'Aguessau donna sa démission d'intendant du Languedoc, Louvois lui donna, peur successeur, Bâville. De tous les hommes de son époque, il était le plus propre à remplir cette difficile tâche, non pas à la manière de Biaise de Montluc, mais comme les protestants l'eussent désiré eux-mêmes. En effet, Bâville n'était ni intolérant, ni fanatique; il avait désapprouvé ouvertement la révocation de l'édit de Nantes, non comme

1. Weiss, Hist. des réfugiés. — Bulletin de la société du prot. fran<\ , t. Ier, p. 534 et suiY.

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