‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 109 sur 253 · LIVRE XXXIX · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIX

huguenots, il détruira les prêtres de Bahal.» Le clergé croyait avoir anéanti le protestantisme , et voilà il se relève tout à coup; il n'y a plus de temple; mais tout est temple et chaire pour lui; il n'a pas de pasteurs; de nouveaux surgissent , plus entreprenants, plus véhéments que ceux qui ont pris le chemin de l'exil; ils prêchent aux hommes, aux femmes, aux enfants, aux vieillards; on court au désert avec la même ardeur que le monde court à ses fêtes. Le clergé s'indigne, Bâville s'inquiète; il voit dans ces assemblées des insurrections, et croit que plusieurs des ministres, qui étaient sortis du royaume, y sont rentrés; il en avertit Louvois, qui fait rendre une déclaration royale qui condamne tout ministre, resté en France, à la peine de mort; les hommes qui les récèlent, ;mx galères; les femmes aune réclusion perpétuelle après avoir eu la tête rasée par le bourreau.1

Louvois prévit tout, pensa à tout : la maison dans laquelle le ministre aurait été trouvé caché, devait être démolie, et une récompense de 500 livres donnée à celui qui le découvrirait , et pour que la récompense ne tentât pas seulement les hommes de la lie du peuple, on taisait le nom des délateurs.

On fit observer a Bâville que le bruit de la rentrée des ministres était faux, et que les hommes, qui s'étaient, érigés en pasteurs, n'étaient que des laboureurs, des artisans; l'intendant diminua ia prime, la capture d'un prédicant fut fixée à 50 livres , la surprise d'une assemblée à 50 pistoles; l'appât était encore assez fort; une multitude d'hommes, parmi lesquels il y avait des prêtres et des moines, se transformèrent en agents de police, et explorèrent les lieux les plus écartés et les plus solitaires. Les protestants bravèrent la déclaration royale, leurs assemblées, surprises en plusieurs endroits, furent écharpées par les dragons, qui pendaient aux arbres une partie de leurs prisonniers, et ramenaient l'autre dans les prisons d'où elle ne sortait que pour aller au gibet; le plus célèbre de ces prisonniers fut le jeune Fulchran Rey.

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