Déclaration royale
FulchranRey n'avait que vingt-quatre ans quand il mourut, martyr de sa foi. Si nous devions en croire une pieuse tradition, sa mère eut, pendant qu'elle le portait dans son sein, le secret de sa destinée; elle vit, en songe, un aigle qui vola près d'elle, portant deux plumes à son bec; immédiatement après elle entendit une voix qui lui dit : ((Regarde, une de ces plumes que cet aigle porte à son bec, signifie que l'enfant qui naîtra de toi, annoncera l'Évangile, l'autre qu'il scellera de son sang l'Évangile qu'il annoncera.» 1
Ce songe la préoccupa, quoiqu'elle fût du nombre de ces chrétiens éclairés qui n'attachent aux rêves de la nuit que l'importance qu'ils méritent , elle en parla à son mari qui écrivit ce songe dans le régistre où il consignait tout ce qui se passait de considérable dans sa famille. Il le fit avant la naissance de l'enfant.
Quoique le songe prédit, pour leur fils, une fin sanglante, ses parents n'hésitèrent pas à le consacrer au Seigneur, le jeune Fulchran fit des progrès rapides dans les langues anciennes et les belles-lettres. Comme Timothée , le disciple chéri de saint Paul, il grandit en connaissances et en grâces et se prépara aux rudes et périlleux travaux de l'apostolat.
Quand le moment de demander l'imposition des ipains arriva, il n'y avait ni synodes, ni pasteurs, ni temples; la peine de mort était le salaire du protestant qui, contrairement à la volonté du roi , osait annoncer l'Évangile à ses coreligionnaires; ne trouvant pas autour de lui un pasteur pour le consacrer, Fulchran demanda à Dieu de lui imposer, lui-même, les mains, et nouveau Gédéon, sans peur et sans reproche, il se décida à demeurer en France pour relever ceux de ses frères qui étaient tombés, et pour encourager ceux qui persévéraient. Il prit, comme Ëlie, le bâton de missionnaire et alla de lieu en lieu, prêchant, exhortant, censurant, fortifiant, navré de douleur, à la vue des ravages que les persécutions avaient faits dans l'Église. A Montauban, à Milhau, à Pont-de-Camarès , on ne voulut
l. Bulletin de l'Histoire du protestant, français, t. X . p. 122.