‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 11 sur 253 · LIVRE XXXVI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXVI

hérésie, puisque nous tenons toutes les vérités évangéliques que Rome se vante de croire.

« Pour être convaincu de cette vérité , parcourons succinctement les quatre points principaux que nous devons examiner en détail, qui contiennent, en abrégé, toutes les matières de controverse que M. de Condom a traitées.

« Nous accusera-t-on de ne pas savoir assez bien reconnaître la gloire souveraine qui est due à Dieu , parce que nous enseignons que le culte religieux ne doit être rendu qu'à lui seul; mais ce prélat reconnaît que ce culte ne doit être rendu qu'à Dieu seul.

«Nous accusera-t-on d'attribuer toute la justification de l'homme au seul mérite infini de la mort de Jésus-Christ? Mais M. de Condom avoue que Jésus7Christ a payé l'entier prix de notre rédemption, et que l'Église n'a rien à offrir à Dieu que Jésus-Christ, mettant en lui toute l'espérance du salut.

« Nous accusera-t-on d'enseigner que le sacrement de l'Eucharistie a été établi pour célébrer la mémoire du sacrifice de la croix, et pour nous appliquer la vertu de ce sacrifice? Mais ce prélat nous proteste que le sacrifice de la messe n'est qu'une commémoration et une application de celui de la croix.

«Nous accusera-t-on d'enseigner que l'Église doit être soumise à l'Écriture-Sainte? Mais M. de Condom nous assure que l'Église romaine se soumet à la Sainte-Écriture et n'y prétend rien innover. Où sont donc nos hérésies? Que croyons-nous qu'il ne faille pas croire? Où que faut-il croire que nous ne croyons pas?

« Sommes-nous hérétiques parce que nous ne rendons pas aux eaints un culte religieux? Mais on nous dit que ce culte n'est dû qu'à Dieu, et c'est ce que nous croyons.

«Sommes-nous hérétiques parce que nou? enseignons qu'il ne faut pas associer nos bonnes œuvres et nos satisfactions avec la sanctification infinie de Jésus-Christ pour opérer notre justification devant Dieu? Mais on nous proteste que l'Église met en Jésus-Christ seul toute l'espérance du salut, et que nous ne pouvons pas satisfaire de nous-mêmes à la peine qui est due au péché, et c'est ce que nous croyons.

« Sommes-nous hérétiques , parce que nous refusons

d'offrir un nouveau sacrifice propitiatoire pour nos péchés? Mais on nous assure que le sacrifice que l'Église romaine présente à Dieu, n'est qu'une commémoration et une application de celui que Jésus-Christ a offert une seule fois; et c'est ce que nous croyons.

(l Sommes-nous hérétiques , en ce que nous ne mettons pas l'autorité de l'Église au-dessus de l'Écriture-Sainte? Mais on nous dit, en termes exprès, que l'Église se soumet à l'Ecriture-Sainte; et , c'est ce que nous croyons.

«Où sont donc encore une fois nos hérésies?»

Brueys suit, pas à pas, Bossuet, et prouve jusqu'au dernier degré de l'évidence, qu'entre la confession de foi des réformés et le Credo tridentin, il y a une différence radicale, et, comme le ministre Bastide1, il conclut que l'évêque n'a pas donné Y Exposition de la doctrine catholique, mais une exposition de son invention. En terminant son livre, il nous révèle la pensée de Bossuet sur l'autorité du pape en matière de foi. « Puisque ce prélat, dit-il, ne veut pas s'expliquer là-dessus et nous dire quelle est l'obéissance et la soumission qu'on doit au pape, mais renvoie les chrétiens aux conciles et aux saints Pères pour l'apprendre d'eux, je suis d'avis de les renvoyer devant un tribunal encore plus auguste, dont les arrêts sont irrévocables , les décisions certaines et, les oracles infaillibles.

«Ce tribunal auguste où je les renvoie, c'est l'Écriture divinement inspirée.»

La réponse de Brueys commença sa réputation, lui valut les applaudissements de son parti et l'admiration de Bossuet, qui lui fut fatale. Ce prélat pensa que la meilleure réfutation du livre de son adversaire , ce serait d'amener son auteur à une abjuration: il réussit sans trop de peine. Brueys avait plus d'imagination que de cœur, plus d'ambition que de piété. Il se mesura avec Bossuet, non en chrétien, mais en controversiste, plus fier de se trouver en présence d'un grand athlète que de défendre la cause de Dieu.

Brueys, après la mort de sa femme, voulant donner une preuve de sincérité, se fit abbé, et demanda à Bossuet de

1. Le ministre Bastide répondit à Bossuet dans un écrit qui n'a pas l'éclat de celui de Brueys; mais il est solide et concluant.

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