‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 112 sur 253 · LIVRE XXXIX · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIX

Sauveur, je m'attendais à être rompu ou à être brûlé, et la figure du martyr rayonna d'espérance et de joie. »

Il fut appliqué à la question: il ne poussa pas un cri, la grâce triompha en lui de la nature. Après la question, on le pria de dîner, il ne crut pas devoir refuser; pendant son repas, il dit: ce les uns mangent pour vivre, moi je mange pour mourir; voici le dernier repas que je prendrai sur la terre; il se prépare, dès ce soir, un banquet dans les cieux où je suis invité, et où je serai conduit par les anges; ces esprits m enlèveront bientôt pour me rendre participant avec eux des délices du paradis.»

Le 7 juillet 1686 le funèbre cortège se mit en marche. Deux moines se tenaient à côté de lui pour l'aider à mourir. «Laissez-moi, leur dit-il, vous êtes des consolateurs ennuyeux.»

En voyant la potence, dressée sur la place publique de Beaucaire, où devait avoir lieu son exécution, son cœur tressaillit d'une sainte joie. ((Courage, courage, dit-il, c'est ici le lieu que je m'étais, il y a longtemps, proposé; que ce lieu me paraît agréable!» arrivé près de l'échelle , il s'écria: « que cette échelle m'est favorable! puisqu'elle doit me servir de degrés pour achever ma course et pour monter au ciel.» D'un pas ferme il monla; «retirez-vous, dit-il au moine qui monta après lui, je n'ai pas besoin de vous. » 11 était arrivé sur la plate-forme du haut de laquelle il voulait parler au peuple; un roulement de tambours couvrit sa voix; sa physionomie^ parla pour lui, elle étaitrayonnante comme celle desaintÉtienne,et quand les pâleurs de la mort se furent répandues sur son visage, un reflet de joie s'y voyait encore. «C'est un véritable martyr, dirent plusieurs catholiques témoins de sa mort.»

C'est ainsi que les réformés continuaient dignement la grande famille de leurs martyrs de la première moitié du seizième siècle. Ils mourraient pour la même cause et avec le même courage. Le protestantisme se retrempait dans son sang.

Pendant que Bàville lançait ses dragons sur les protestants, Bossuet les attaquait avec sa plume et faisait paraître,

aux grands applaudissements du monde catholique, son célèbre livre Des variations.

Le grand évêque jeta, dans les pages de ce livre, sa science, ses hardiesses, sa dialectique puissante, sa phrase inimitable, il y jeta aussi ses préjugés, ses passions, ses haines, il se complut à représenter les réformateurs comme une assemblée de Lapytes qui s'entre-tuent, et de leurs variations, il conclut à leur hérésie. Il ne comprit pas dans l'ardeur de la lutte que sa thèse était une arme de plus qu'il fournissait à l'incrédulité naissante-, car si des variations du protestantisme on doit nécessairement conclure à sa fausseté, l'Église romaine est une fausse religion, puisqu'elle a varié.1

La question soulevée par Bossuet a besoin, pour être prise au sérieux, de l'autorité de son nom et de tout l'éclat de son talent; en effet, les réformateurs protestants ne se sont jamais décerné un brevet d'infaillibilité; tous, sans exception, ils ont reconnu,, pour leur autorité infaillible et souveraine, la sainte Ecriture; à cet égard ils n'ont jamais varié. — Leurs diversités d'opinion sur certains points dogmatiques, qui découlent du principe de la liberté d'examen, ont toujours laissé debout et intact le fondement biblique sur lequel reposent leurs confessions de foi qu'ils pouvaient reviser, perfectionner; c'est cette faculté de déclarer qu'ils s'étaient trompés qui fait leur force, puisqu'elle ouvre les voies à toutes les améliorations, les réparations à toutes les fautes, la porte à tous les repentirs. Aussi, il en est de leurs confessions de foi comme des arrêts- de notre cour de cassation dont les membres se sont souvent déjugés , sans que leurs décisions contraires aient compromis l'infaillibilité légale du code dont ils sont les interprètes et non les juges; tels sont les théologiens protestants. En désaccord sur quelques points dogmatiques sur lesquels Dieu a jeté le voile d'une sainte obscurité, ils sont unanimes à proclamer que la Bible est la seule etunique autorité en matière de foi; tandisqueles

1. Variations de l'Église anglicane. — Réponse au livre Des Variations de Bossuet par Arnould. — Les gallicans se sont chargés de démontrer aux ultramontains que les papes ont varié, et ces derniers à leur tour se sont chargés de prouver que les conciles se sont contredits.

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