‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 117 sur 253 · LIVRE XXXIX · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIX

en faveur des catholiques, toutes les formes de la justice, et leur ouvrir les portes de l'administration publique. Le roi osa plus encore que sa mère Henriette de France; il lit célébrer publiquement les cérémonies de l'église catholique à Whitt-Hall. Un fils qui lui naquit et auquel il donna le nom de prince de Galles, acheva d'irriter ses sujets.

Guillaume d'Orange, son gendre, étudiait à La Haye la marche des événements, et devenait le centre et l'espérance des mécontents; il ne précipita rien, et attendit; quand il crut le moment opportun de saisir la couronne de son beau-père, il déploya une merveilleuse activité, et trouva dans les réfugiés protestants de ses États des auxiliaires hardis, dévoués, qui comprenaient que le salut du protestantisme était dans la chute de Jacques II. Les réformés, qui offrirent leurs épées au stathouder, étaient, pour la plupart, de vieux officiers1, qui avaient servi sous Condé et sous Turenne. Rélégués, malgré leur mérite, dans les rangs secondaires de l'armée, et contraints, à la suite de la révocation de l'édit de Nantes, d'opter entre l'exil ou l'abjuration, ils étaient devenus Hollandais de cœur, et brûlaient du désir d'humilier le prince qui les avait froissés comme militaires et persécutés comme protestants. Ils étaient les partisans les plus dévoués et les plus résolus de Guillaume d'Orange, et formaient le noyau de l'armée d'expédition. Le réfugié le plus célèbre de tous ces hommes de guerre, était le maréchal Schomberg. Schomberg (Armand-Frédéric de), naquit en 1615 au pays de Clèves. Comme Gassion et Duquesne, il conquit tous ses grades à la pointe de son épée; aux qualités de l'homme de guerre, il unissait celles de l'homme privé : il était posé, appliqué, d'une grande conduite, pensant mieux qu'il ne parlait, intègre, modeste, obligeant, civil.2

Après la mort de Turenne, le roi fut contraint de faire taire son bigotisme, et lui conféra (1675) le bâton de maréchal, qu'il avait refusé chaque fois qu'il lui avait été offert sous la condition d'une abjuration. «Ma religion,

1. Ils étaient au nombre de plus de 700. ? Rapin de Thoyras , Histoire d'Angleterre

avait-il répondu à Louis XIV, m'est plus chère que toutes choses; si elle m'empêche de monter à un poste plus élevé, c'est assez pour me consoler que le roi m'en ait. jugé digne. Schomberg porta dignement le bâton de maréchal , et après comme avant, il ne fut pas au-dessous de sa brillante réputation. Pendant la vie de Turenne , il était le second dans l'armée; après la mort de ce grand homme, nul ne lui disputa la première place. A la révocation de l'édit de Nantes, Louis XIV ne voulut pas le laisser s'expatrier, et le retint en France pour les mêmes raisons qu'il retint Duquesne; cependant, sur ses instances réitérées, le maréchal obtint (1686) la permission de chercher un asile en Portugal; il quitta sa patrie, au grand regret de toute la France, qui perdait en lui le meilleur et le plus expérimenté de ses capitaines.1

La présence de ce grand homme à Lisbonne effaroucha l'inquisition. A peine arrivé, il repartit et se rendit à Clèves, où il assista (1686) à une entrevue de l'électeur de Brandebourg et du prince d'Orange , dans laquelle fut discutée l'importante question d'une descente en Angleterre. De Clèves, Schomberg alla à Berlin et de là en Hollande, où Guillaume lui confia le commandement de l'armée d'invasion.

Tout était prêt pour cette grande expédition, dont les résultats influèrent si considérablement sur les destinées futures de l'Europe; les soldats étaient pleins d'ardeur; les réfugiés surtout, commandés par des capitaines intrépides, qui avaient assisté avec honneur aux plus grandes batailles du siècle; Gilbert Burnet, depuis évêque de Salisbury, était l'aumônier de l'expédition. A peine la flotte, qui portait les belliqueux combattants, eut-elle levé l'ancre (29 octobre 1688), que sur tous les mâts des vaisseaux on vit se dérouler le glorieux drapeau de la maison d'Orange, et des banderolles sur lesquelles on lisait ces mots: (.(pour la religion et la liberté.» Elle avait gagné, depuis quelques heures, la haute mer, lorsque, a comme l'invincible Armada», elle fut assaillie par une affreuse tempête et dispersée sur les côtes de la France et de la Norwége.

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