LIVRE XL
neuf de ses soldats; le reste de sa troupe prit la fuite et ne dut son salut qu'à l'intervention de quelques protestants; les vainqueurs se rendirent sur les ruines de leur temple et y chantèrent un cantique d'actions de grâce. «Depuis ce petit combat, dit un historien, ces peuples ne s'assemblèrent plus que sur les cimes où abondaient les pierres roulantes, et en armes.» 1
A la nouvelle de la défaite de Tirbon, le marquis de Folleville, colonel du régiment de Flandre , qui commandait dans le Vivarais, dépêcha un courrier à Bâville. Celui-ci et Broglie partirent immédiatement de Montpellier (17 février), et arrivèrent à Privas, dont la population frémissante se disposait à se réunir sur les ruines de son temple. Folleville, de son côté, déployait une grande activité, il poursuivait Gabriel Astier et ses montagnards; plusieurs fois ils se trouvèrent en présence; des deux côtés on se battit avec acharnement, mais la victoire demeura aux troupes royales. Parmi les prisonniers envoyés à Bâville et dévoués à l'avance à la mort, il ne vit pas celui qu'il aurait fait pendre avec tant de joie, Gabriel Astier; il le croyait mort ou hors du royaume; quelque temps après on le lui amena : «La Providence n'ayant pas voulu permettre, ditBrueys, que le séducteur Se dérobât au supplice qu'il avait mérité, elle le livra entre les mains de ses juges dans le temps qu'il y songeait le moins.»*
Après sa défaite le prophète s'était réfugié dans les Cévennes, où il s'occupait de la réussite de la conjuration qui devait amener la descente d'un corps de troupes étrangères sur les plages du Languedoc; un jour il se rendit à Montpellier pour assister à une revue, un soldat vivaraisien le reconnut; il fut immédiatement arrêté, son procès fut court. Condamné à être rompu vif, il fut exécuté à Baix.3
Bâville crut que l'insurrection s'était éteinte avec le dernier soupir de l'apôtre des Cévennes.Il se préparait sans doute à l'annoncer à la cour, quand, dans une tournée qu'il faisait avec Broglie dans les environs de Florac, il se trouva à son grand étonnement en présence d'un corps