Haag, France protestante. — Court. — Brueys
d'insurgés commandés par Vivens qu'il croyait en Hollande.
Le prophète de Valleraugue , après sa capitulation, ne put pardonner à l'intendant son manque de parole; à la reprise des hostilités européennes, il quitta la Hollande où il s'était retiré, gagna le cœur desCévennes, et attendit, tapi dans une caverne, le moment de lever l'étendard de l'insurrection. Quand il le crut venu, il marcha, à la tête de quatre cents Cévenols, vers le Pont-de-Montvert et se trouva en présence de Bâville, qu'il supposait à vingt lieues plus loin. L'intendant le fit charger avec impétuosité par ses troupes; Vivens, malgré son courage qui ne s'étonnait de rien , jugea la lutte impossible ; en prudent capitaine, il n'opposa pas de résistance et chercha son salut et celui de sa troupe dans une retraite dans laquelle il déploya autant d'habileté que de sang-froid. Bâville lui tua quelques hommes et lui fit quelques prisonniers qu'il livra à ses bourreaux. Le prophète échappa à tous les agents de l'intendant, alléchés par une prime de cinq cents louis d'or, offerte à celui qui le lui amènerait mort ou vivant: grâce à son activité, Bâville éteignit coup sur coup deux foyers d'insurrection qui, quelques mois plus tard, eussent embrasé le Languedoc et mis en péril l'autorité de son maître, qu'il servait avec une si cruelle fidélité; il triomphait, mais sur des ruines.
Il y avait alors à Lausanne, parmi les réfugiés, un homme dont les regards étaient tournés vers la France ; il pensait sans cesse à ses frères privés de culte et livrés, comme des brebis errantes, à la dent des loups ravissants; pendant la nuit il croyait entendre les gémissements des prisonniers de la tour de Constance et le bruit des chaînes des galériens de Toulon et de Marseille. Il se reprochait alors, comme un crime, le repos dont il jouissait. La vie lui devint insupportable, et de douleur il tomba malade. Pendant plusieurs jours on désespéra de sa vie; mais il se releva tout à coup, comme après l'orage le roseau courbé par le vent. «Je pars, dit-il à sa femme, à ses enfants et à ses amis, je vais consoler, relever, fortifier mes frères qui gémissent sous l'oppression. »