‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 129 sur 253 · Napoléon Peyrat, t. Ier, p · texte numérisé non relu

Napoléon Peyrat, t. Ier, p

frères ne pouvait provenir que de la descente d'un corps d'armée protestant étranger sur les plages du Languedoc. «Le jour où il s'effectuera, se disait-il, au lieu de ces insurrections partielles qui ne font que nous affaiblir, nous aurons une insurrection générale et nous imposerons au roi le rétablissement de l'édit de Nantes.» 11 traça son plan avec l'habileté d'un tacticien et le communiqua par l'entremise d'un soldat cévenol nommé Hue, à Schomberg, qui l'approuva. Le projet fut découvert; la descente, qui eût changé la face des choses, n'eut pas lieu. Bientôt après, le prédicant termina son orageuse carrière. L'un de ses compagnons, pour sauver sa vie, livra le secret de sa retraite. Un matin, au point du jour, le commandant d'Alais, suivi d'une nombreuse escorte , arrive près de la grotte où il se trouvait avec deux de ses compagnons. Vivens entend le bruit des pas des soldats et comprend instinctivement le danger qui le menace; il brûle à la hâte ses papiers, et puis, comme un chasseur à l'affût, se poste sur l'ouverture de la caverne , décidé à vendre chèrement sa vie. Trois fois il fait feu, ses coups portent, et il met trois cadavres entre lui et ses assaillants; il lâche un quatrième coup, un lieutenant tombe blessé; les assaillants ont un moment d'hésitation; le prédicant leur fait l'effet d'un lion irrité qui rugit à la porte de son antre; ils n'eussent peut-être pas osé l'y forcer, mais un apostat, nommé Jourdan, grimpe au-dessus du rocher qui sert de parapet à la caverne, fait feu sur le prophète au moment où il allonge la tête hors de l'entrée comme une tortue hors de son écaille et l'atteint mortellement. Le combat était fini, les assaillants entrèrent dans la caverne, d'où ils retirèrent le cadavre de Vivens et ses deux compagnons vivants. 1

Le commandant, fier de sa victoire, emporta triomphalement le cadavre du prophète à Alais , où Bâville accourut pour lui faire son procès. Un bûcher fut dressé, et les flammes dévorèrent les restes de cet homme qui, dans la mort, conservait encore cette attitude sévère et terrible qui en fait l'une des figures les plus originales de cette époque. Nous ne jetterons pas, sans doute, sur son

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