‹ Histoire de la réformation française (volume 5)Chapitre 132 sur 253 · LIVRE XL · texte numérisé non relu

LIVRE XL

avait visité la Normandie , les Flandres et l'Artois ; rien n'est plus intéressant que le récit simple et naïf qu'il fait de son apostolat. Au milieu des plus grands périls, il est calme, joyeux, serein, les forces lui viennent en travaillant; il administre la cène et le baptême, bénit les mariages, fait trois ou quatre prédications par semaine. «Grâce à Dieu, écrit-il à sa femme, je me porte mieux que dans le séjour que j'ai quitté1. Je n'avais point d'église, et, par la grâce du Seigneur, j'en ai maintenant un fort grand nombre. Je m'estime infiniment plus heureux que si j'étais établi dans la meilleure église de Hollande.» Le seul regret qu'il éprouve, c'est de savoir que sa femme s'afflige à cause de lui. Il la tance doucement et lui prouve que ce qui la remplit de tristesse, devrait la combler de joie.

Brousson, après un an d'apostolat, franchit la frontière, échappa comme par miracle aux agents mis à sa poursuite, el gagna la Suisse, d'où il alla en Hollande. C'est de là qu'il dit pour la troisième fois adieu à sa famille, qu'il ne devait plus revoir.

Pendant tout l'hiver Brousson fut retenu dans le Dauphiné par des neiges abondantes; ce qui, à vues humaines, devait nuire à son apostolat, fut entre les mains de Dieu un moyen puissant pour le garantir de l'atteinte de ses ennemis. Il put, sans trop de péril, évangéliser ses frères, et il eut la joie de les voir se presser autour de lui pour entendre la parole de réconciliation, et demander à Dieu, les uns le pardon de leur lâcheté, les autres un accroissement de vie spirituelle. Témoin de ce réveil que Dieu opérait au milieu de son peuple, et témoin aussi des prodiges qui s'accomplissaient, Brousson écrivait à sa femme (décembre 1697):

« J'ai été assiégé pendant trois semaines par les neiges ; cependant le Seigneur m'a fait la grâce de travailler à la consolation de son pauvre peuple. La Providence divine m'a fait passer dans des pays qui semblaient entièrement abandonnés; car il n'y a qu'un de nos frères qui y soit passé comme un éclair, depuis quatre mois; mais où j'ai vu, ouï ou appris, par un très-grand nombre de témoignages indubitables, de si grandes merveilles qu'elles

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